24 janvier 2008

« Laïcité positive » : une opportunité, par Thierry Boutet

da0dccfaf2ee2a54e35513b9b674768e.jpg Au Latran en décembre et à Ryad ce 14 janvier, Nicolas Sarkozy a fait bouger les lignes de la laïcité. Pour la première fois depuis la Révolution de 1789, un chef de l’État français fait l’apologie des religions et ose parler de Dieu en des termes que n’aurait pas désavoués le président de la conférence épiscopale. Il appelle cela la « laïcité positive ».

JUSQU’ICI la laïcité était un principe minimaliste. Depuis la Révolution française, la République ne veut pas entendre parler de Dieu ni de la religion. Issue de la très démocratique volonté générale, la République n’est, en principe, ni pour ni contre Dieu. Créée pour échapper à « l’omniprésence de la religion dans les affaires publiques » elle est areligieuse par essence. À partir de là, les « croyants » peuvent vaquer en privé à leurs affaires spirituelles, comme à leurs petits ou grands commerces.

En disant que les Français ne vivent pas seulement de pain mais aussi d’une parole venue du Ciel, Nicolas Sarkozy brise un tabou. En témoigne la fureur des laïcistes, qui lui reprochent d’ébranler les fondements de la République et de tenir des propos intéressés en instrumentalisant la religion.

Ils n’ont pas tout à fait tort. Confronté à l’islam des banlieues, le Président sait que dans les quartiers chauds, les imams coûtent moins chers que les éducateurs sociaux. Il l’a dit en 2005 alors qu’il était ministre de l’Intérieur et des cultes :
« Nos quartiers sont devenus des déserts spirituels, je ne pense pas que nous ayons quoi que ce soit à y gagner… Si personne n'explique que la vie n'est pas un produit de consommation, il ne faut pas s'étonner que le sens de la vie ne soit pas le même à La Courneuve qu'à Neuilly… Partout en France, et dans les banlieues plus encore qui concentrent toutes les désespérances, il est bien préférable que des jeunes puissent espérer spirituellement plutôt que d’avoir dans la tête, comme "seule religion", celle de la violence, de la drogue ou de l’argent. »
Déjà, il avait longuement exposé sa thèse dans son livre La République, les Religions, l’Espérance (entretien avec Thibaut Collin et Philippe Verdin, Cerf).

Si Nicolas Sarkozy pense que « les religions sont un "plus" pour la République », faisons lui grâce de la sincérité. Pour lui le citoyen ne peut être coupé en deux : d’un côté celui qui va à la messe, au temple, à la synagogue ou à la mosquée, et de l’autre celui qui met un bulletin dans l’urne. Dans les deux cas, c’est la même personne et celle-ci a des attentes spirituelles auxquelles son bulletin de vote ne répondra pas.

L’identité d’un peuple et son vouloir-vivre commun ne sont pas fait que de prospérité et de pouvoir d’achat. Il y entre aussi une dimension culturelle et spirituelle. La France a donc, pour Nicolas Sarkozy, des « racines chrétiennes » qu’elle ne peut renier si elle veut affronter son avenir.

Une question sans réponse

Tout cela est bel et bon : en tant que croyant, il faut se réjouir d’entendre le président de la République française affirmer que l’homme est ouvert à la transcendance et à une espérance qui peut aller plus loin que son existence terrestre. Sauf que les propos du Président s’inscrivent à l’intérieur d’une société « laïque » qui refoule le religieux dans la sphère privée et à l’intime du cœur de chacun. Il n’en conclut donc pas que les lois de la République devraient être plus respectueuses du Décalogue. Si les religions, comme il le dit lui-même, peuvent enseigner le respect de la vie, le sens de la justice, l’amour du pauvre et l’amitié du frère, quelle que soit son origine sociale ou ethnique, pourquoi les lois de la république ne le feraient-elle pas aussi ?

Une question hélas sans réponse : la République « plurielle » demeure laïciste dans ses lois, c'est-à-dire en rupture, sur plusieurs points, avec le Décalogue.

Quoiqu’il en soit, le Président nous ouvre une porte que nous ne devons pas laisser se refermer.

Un simple exemple de ce qui est possible : une enquête sur la liberté scolaire lancée en 2007 par la Fondation de Service politique a montré que 20 % des enfants de familles croyantes ont été brimés à l’école ou au lycée en raison de leur foi. Quand en CM1, une institutrice demande à ses tout jeunes élèves de réaliser une carte de vœux, que l’un d’entre eux dessine une crèche, et que l’institutrice la déchire devant toute la classe (« Pas ce genre d’histoire à l’école !) », où est la liberté de conscience ? Où est la liberté religieuse ?

S’agit-il d’un cas singulier ? Pas du tout ! La Fondation de Service politique est en mesure d’apporter des centaines de témoignages semblables.

Lorsque le ministre des cultes Michèle Alliot-Marie affirme « reconnaître le rôle de la spiritualité, de toutes les spiritualités, sous toutes leurs formes », nous pouvons demander que cette reconnaissance soit effective pour tous les petits Français, y compris quand ils sont chrétiens et à l’école.

La laïcité positive que souhaite le président de la République, c’est d’abord exiger que cessent ces agressions, menées sur des mineurs par des adultes salariés de l’État. Prochainement, la Fondation de Service politique prendra des initiatives en faveur du respect de la liberté religieuse à l’école. Un droit fondamental dont la mise en cause pourrait entrer dans le champ des attributions du médiateur de la République.

 
Pour en savoir plus :

■ Le discours du Latran
■ Le discours de Ryad sur le site de l'ambassade de France (PDF)