15 février 2008
Nicolas Sarkozy mérite-t-il que l’on respecte sa vie privée ? par Charles-Henri d'Andigné
« Si tu reviens, j’annule tout. » L’affaire du SMS de Nicolas Sarkozy, envoyé, dit-on, à Cécilia, et diffusé par le site Internet du Nouvel Obs, donne lieu à un débat des plus confus. Le Nouvel Obs s’excuse. Le Point s’offusque. Schneidermann, dans Libé, approuve, comme… Etienne Mougeotte, du Figaro. Confusion due au fait, nous semble-t-il, que l’on tente de répondre en même temps à deux questions fort différentes : 1/ Fallait il publier cette information ? 2/ Le président est-il responsable de ce qui lui arrive ?
À la première question, la réponse est non, bien entendu. L’attitude de l’Obs, par quelque bout qu’on la prenne, est indéfendable. En admettant que ce SMS soit authentique, il appartient à la vie privée de Nicolas Sarkozy et personne n’a à s’y immiscer. Une chose est sûre néanmoins : son directeur Jean Daniel aura beau reconnaître l’erreur de son journal (avec une certaine élégance, d’ailleurs), rien n’y fera : le doute subsistera, d’une part, et le site du Nouvel Obs, d’autre part, restera dans tous les esprits comme un média où circulent les infos les plus « trash », où l’on est au courant de tout avant tout le monde… Quelles que soient les suites judiciaires de cette affaire, à moyen terme, ils seront gagnants.
Mais le Président n’a-t-il pas une part de responsabilité dans cette affaire ?
Affirmons en préalable qu’un homme politique se juge à sa politique. À ses décisions politiques. La mesure de ses décisions est le bien commun : un coureur de jupon qui ne confond pas politique familiale et politique sociale, par exemple, est préférable à un pilier de sacristie qui fait le contraire. La cohérence du comportement politique est relative à la fin politique elle-même. Aussi bien, nous faisons crédit au Président de l’orientation qu’il donne à la laïcité de la République. Mais la fonction du chef de l’État l’engage : non seulement, il ne peut ignorer la portée exemplaire de son rôle public sur les mœurs (ainsi sur la jeunesse), mais il doit faire preuve de discernement pour se faire respecter, lui et son autorité — qui est précisément politique.
Sous ce rapport, sa responsabilité est bien entendu énorme. En attaquant le journal au pénal, Nicolas Sarkozy se comporte comme un pompier pyromane. Dans la « peopolisation » de la vie politique, il a joué un rôle moteur. C’est lui qui, de tous les hommes politiques français, a joué le plus cyniquement, et le plus efficacement, croyait-il, cette carte-là. Sans jamais se poser la moindre question sur l’opportunité de ce phénomène, pour lui comme pour la vie politique en général.
C’est lui qui, lançant sa campagne électorale, a exhibé son épouse de l’époque, jouant devant les médias ravis les Kennedy aux petits pieds. C’est lui qui a vu cette médiatisation lui revenir en pleine figure quand la belle fut partie, en galante compagnie, à New York… et qui jura, un peu tard, qu’on ne l’y prendrait plus. C’est lui qui, la belle revenue, recommença à se pavaner avec elle dans les journaux people. C’est lui qui vécut son divorce en direct et en pleine lumière quand Cécilia décida que la comédie avait assez duré. C’est lui qui emmena sa nouvelle conquête en pré voyages de noces en Égypte et en Jordanie... et qui fit mine de s’étonner quand des centaines de journalistes le suivirent en rigolant…
Et il faudrait qu’on le plaigne pour cette histoire grotesque de SMS ? Mais qui serait assez naïf pour cela ?
M. Sarkozy appartient à cette race très particulière de gens à qui la vie n’apprend rien. Sa vie privée est étalée, déformée, défigurée ? Oui, c’est fort regrettable mais c’est entièrement de sa faute. Les paparazzi et certains journalistes se comportent comme des voyous ? Oui, bien sûr, quelle découverte ! Mais ils savent à qui ils s’attaquent. Ils n’ont encore jamais embêté personne avec la vie privée de François Fillon ou d’Édouard Balladur.
Alors de grâce, qu’on nous épargne le-respect-de-la-vie-privée-de-M-Sarkozy-qui-y-a-droit-comme-tout-le-monde. Billevesée que tout cela ! Dans sa position, le président a avant tout des devoirs. Devoir de dignité. Devoir de ne pas abaisser sa fonction plus bas que terre. Devoir de gratitude envers une nation qui lui a tout donné, y compris sa confiance. Devoir de discrétion, de décence, d’humilité et, pourquoi pas, de compréhension de la psychologie des Français… Qu’il soit respectable, en un mot, et il sera respecté.
20:10 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : Nicolas sarkozy, morale politique


