29 mai 2008
Un manuel de propagande contraceptive à l’école
Les programmes de SVT en cours de 4e comportent depuis 2007 un chapitre entier sur la contraception. Surpris par le contenu du manuel proposé à leurs enfants, des parents ont entrepris un relevé des erreurs et des malhonnêtetés de cette propagande véhiculée dans un établissement catholique. Sur la suggestion du chef de l’établissement, ils ont alerté leur évêque, mais les mesures prises au sein de l’école n’ont pas encore donné lieu à un discours vrai et sans ambigüité. Quand c’est nécessaire, les parents d’élèves doivent faire valoir leur droit naturel à trouver dans l’école de leurs enfants une éducation libre et responsable. Plus qu’ils ne le croient souvent, leur intervention peut aider les chefs d’établissement et les professeurs qui se sentent parfois isolés dans leur mission d’éducateurs catholiques. Ce manuel, Sciences et Vie de la Terre, 4e (programme 2007), est dirigé par C. Lizeaux et R. Tavernier aux éditions Bordas.PARENTS D’ELEVES en classe de quatrième, nous nous sommes intéressés au chapitre de leur manuel de SVT sur « Les méthodes contraceptives ». Voici la synthèse des incohérences et des lacunes que nous avons relevées, avec les questions éthiques qu’elles soulèvent.
Les confusions du manuel
Le chapitre « Les méthodes contraceptives » du manuel comporte plusieurs imprécisions fâcheuses. La première que nous avons relevée se situe au tout début du chapitre. Le document n° 1 (p. 154) donne le but de l'utilisation d'une méthode de contraception : permettre à un couple de choisir le moment de la naissance de ses enfants et d'en décider le nombre. Un encadré, à la même page, précise que sur les 350 000 grossesses non désirées par an en France, les deux tiers surviennent alors qu’un moyen de contraception avait été utilisé [1]. Cela signifie-t-il que la contraception est sous-utilisée ou qu'elle est inefficace ?

Le manuel aborde également de façon très (trop ?) technique la question de l’efficacité des méthodes contraceptives, et ce avec une certaine confusion.
Le tableau de la page 154 fait apparaître la répartition des différents moyens de contraception dans le "% des grossesses non désirées" ; page 155, on parle "de grossesses non désirées". Autrement dit, p. 154, sur 100 grossesses non désirées 12 sont survenues alors qu'un préservatif avait été utilisé ; p. 155, sur 100 rapports sexuels avec préservatif, 3 aboutissent à une grossesse non désirée. Les deux données ne sont pas contradictoires, pas directement comparables, mais comment s'y retrouver ? Le doute s'installe... Il est vrai qu'il est difficile de faire mieux avec ce genre de produit, mais pourquoi ne pas le dire ?
Page 160, il est précisé aussi que « la pilule est un moyen de contraception très efficace à condition de bien suivre son mode d'emploi ».Sur la même page (ci-contre), une nouvelle confusion apparait : il est expliqué qu'« une méthode contraceptive doit à la fois être efficace, réversible et dépourvue d'effets nocifs ». La page précédente décrit la contraception d'urgence en disant que « les effets d'une utilisation répétée sont mal connues : son utilisation doit donc rester occasionnelle ».
Ces confusions ne nous semblent pas pédagogiques. Selon nous, elles risquent de :
- perturber la logique de nos enfants en leur demandant de comprendre des informations qui manquent de clarté ;
- diminuer l'autorité et le prestige des professeurs (s'ils utilisent ce manuel).
Des lacunes
Dans sa conclusion, le manuel de nos enfants explique qu'une méthode contraceptive efficace doit être sans risque. Il présente à nouveau la pilule comme la méthode la plus efficace (p. 160). Il nous semble que cette conclusion sous-entend que la pilule est sans risque. Or à l'été 2005, le Centre international de recherche sur le cancer (Circ), basé à Lyon [2] annonçait que les contraceptifs oestro-progestatifs sont des cancérigènes du groupe 1 — c'est-à-dire avec le niveau de preuve le plus important — après un examen complet de la littérature scientifique : « Les experts estiment que la pilule contraceptive augmente le risque de cancer du sein, de cancer du col de l'utérus et de celui du foie. En revanche, elle diminue celui de l'ovaire et celui de l'endomètre. »Deuxième grave lacune : les conséquences psychologiques de l'utilisation de ces méthodes ne sont pas abordées. L’une d'entre elles, nous semble-t-il, est la modification de son esprit à l’égard de l’accueil de la vie. L’un des aspects de la mentalité contraceptive est un refus de la vie quand elle n'a pas été choisie pouvant aller, dans certain cas, jusqu'à l'avortement. Le principe de précaution devrait commander au cours sur les méthodes contraceptives de traiter sans tabous les risques liés à la prise prolongée de pilules, ainsi que les conséquences psychologiques dues à une contraception.
Les impacts éthiques
1/ Il n'y a pas de définition précise du terme « contraception » dans ce document et cela nous semble préjudiciable. Deux objectifs apparaissent :
- empêcher la conception,
- prévenir la grossesse.
Cette question du commencement de la vie et de ses impacts sur la contraception dépasse largement ce cours sur les méthodes contraceptives. Elle devrait donc être abordée dans un autre cadre.
2/ Le manuel explique également que presque tous les couples utilisent une méthode contraceptive : « Doc. 2 : 75 % des couples utilisent un des moyens de contraception. » Le manque de définition est pénalisant pour déterminer la portée de cette phrase. La pratique des méthodes naturelles [3] peut-elle être assimilée à une méthode contraceptive ? D'après les définitions citées supra, il nous semble que non puisque ces méthodes n'empêchent ni la conception, ni la grossesse. Or l'emploi d'une méthode contraceptive ou naturelle ressort du choix éthique de chaque couple et que cette question devrait être abordée dans un cadre autre que celui de ce cours.
Enfin le début du chapitre aborde la contraception comme un moyen de réguler les naissances pour un couple, sous-entendu désirant avoir des enfants, donc un couple « stable » et responsable ; mais il est également largement question dans les pages qui suivent de la sexualité des jeunes et des très jeunes. Permettre un tel trouble sur le sujet étudié est-il intellectuellement honnête ? Veut-on parler de régulation des naissances ou de relations sexuelles sans engagement ?
3/ Le manuel laisse sous-entendre qu'il n'est pas anormal d'avoir des relations sexuelles avant 18 ans. Il précise (p. 159) qu'une mineure peut obtenir une « pilule du lendemain » en pharmacie ou à l'école, sans aucune autorisation parentale, médicale ou autre (doc.3). Ce dispositif est sûrement légal mais il n'est pas anodin.4/ L'éditeur de ce livre a développé un site Internet qui reprend sa table des matières et propose différents liens en présentant succinctement le complément de cours qu'ils apportent (cf. ci-contre). Certaines indications pratiques (par exemple : « Des conseils pour bien prendre sa pilule et sur ce qu'il faut faire en cas d'oubli ») ou certains sites (par exemple www.aufeminin.com à partir du lien sur « Les nouvelles contraceptions »), sont hors sujet par rapport au cours car ils incitent à un certain comportement et dépassent largement un apprentissage purement scolaire.
5/ Le graphique de la page 154 (ci-contre) et son commentaire présente l'utilisation des préservatifs dès l’âge de 15 ans, soit dès la classe de 3e, comme quelque chose de normal.Or le choix d'avoir des relations sexuelles en tant que mineurs, jeunes adultes ou après le mariage, est une décision éthique. Aussi, il nous semble que ces éléments devraient être abordés dans un autre cadre que ce cours.
***
Au vu de ces éléments, il nous semble que le périmètre de ce cours de SVT de 4e n'est pas bien défini : est-ce bien le lieu pour aborder un sujet aussi complexe que la contraception, sans tomber dans l’écueil de la fausse naïveté pour ce qui concerne les relations sexuelles précoces, et sans occulter les nombreuses questions morales qui s’y rapportent ? Préciser ce point nous parait important et nous nous demandons s'il ne serait pas judicieux de proposer un complément sous une forme ou sous une autre aux familles qui le désirent.
Catholiques pratiquants, nous essayons de respecter les critères objectifs et rationnels d'une éthique responsable, rappelée par l'enseignement de l'Église, et d'apprendre à nos enfants à faire de même. Notre démarche est principalement motivée par notre foi, qui nous éclaire sur la nature de la personne humaine. Aussi, nous souhaitons que le cours « les méthodes contraceptives » soit conforme à l'enseignement de l'Église (cf. encadré ci-dessous).
Jérôme et Juliette Verdier, Quentin et Agnès Renard, parents d’élèves de 4e dans l’enseignement catholique.
[1]D'après les chiffres que nous avons trouvés sur l’Internet (816 500 naissances et 210 000 avortements), il y a eu 34 % de grossesses non désirées en 2007.
[2] Le CIRC est un centre dépendant de l'Organisation mondiale de la santé.
[3]ces méthodes consistent connaitre les périodes fécondes de la femme et à pratiquer l'abstinence quand le couple ne souhaite pas avoir d'enfant.
L’ÉGLISE CATHOLIQUE ET LA CONTRACEPTION
Don des époux et procréation responsable
Catéchisme de l'Église catholique, n. 2368 — Un aspect particulier de cette responsabilité concerne la régulation de la procréation. Pour de justes raisons (cf. Gaudium et Spes, 50), les époux peuvent vouloir espacer les naissances de leurs enfants. Il leur revient de vérifier que leur désir ne relève pas de l’égoïsme mais est conforme à la juste générosité d’une paternité responsable. En outre ils règleront leur comportement suivant les critères objectifs de la moralité.
Lorsqu’il s’agit de mettre en accord l’amour conjugal avec la transmission responsable de la vie, la moralité du comportement ne dépend pas de la seule sincérité de l’intention et de la seule appréciation des motifs ; mais elle doit être déterminée selon des critères objectifs, tirés de la nature même de la personne et de ses actes, critères qui respectent, dans un contexte d’amour véritable, la signification totale d’une donation réciproque et d’une procréation à la mesure de l’homme ; chose impossible si la vertu de chasteté conjugale n’est pas pratiquée d’un cœur loyal (GS 51, § 3).
La vocation de l’homme
Catéchisme de l'Église catholique, 2369 — « C’est en sauvegardant ces deux aspects essentiels, union et procréation, que l’acte conjugal conserve intégralement le sens de mutuel et véritable amour et son ordination à la très haute vocation de l’homme à la paternité » (Humanae Vitae, 12).
La régulation naturelle
Catéchisme de l'Église catholique, n. 2370 — La continence périodique, les méthodes de régulation des naissances fondées sur l’auto-observation et le recours aux périodes infécondes (cf. HV 16) sont conformes aux critères objectifs de la moralité. Ces méthodes respectent le corps des époux, encouragent la tendresse entre eux et favorisent l’éducation d’une liberté authentique. En revanche, est intrinsèquement mauvaise " toute action qui, soit en prévision de l’acte conjugal, soit dans son déroulement, soit dans le développement de ses conséquences naturelles, se proposerait comme but ou comme moyen de rendre impossible la procréation " (HV 14) [...].
La formation des jeunes
Benoît XVI, 16 mai 2008. — L’urgence de la formation, à laquelle je fais souvent référence, voit dans le thème de la vie l’un de ses thèmes privilégiés. Je souhaite vraiment que l’on réserve notamment aux jeunes une attention toute particulière, afin qu’ils puissent apprendre le véritable sens de l’amour et se préparent pour cela avec une éducation adaptée à la sexualité, sans se laisser distraire par des messages éphémères qui empêchent d’atteindre l’essence de la vérité qui est en jeu.
Fournir de fausses illusions dans le domaine de l’amour ou tromper sur les responsabilités authentiques que l’on est appelé à assumer avec l’exercice de la propre sexualité ne fait pas honneur à une société qui se réclame des principes de la liberté et de la démocratie. La liberté doit se conjuguer avec la vérité et la responsabilité avec la force du dévouement à l’autre et également avec le sacrifice ; sans ces composantes la communauté des hommes ne grandit pas et le risque de se refermer dans un cercle d’égoïsme asphyxiant demeure.
Discours aux participants du congrès international organisé par l’Université pontificale du Latran à l’occasion du quarantième anniversaire de l’encyclique de Paul VI “Humanae Vitae”.
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01 février 2008
Le rapport Attali et la liberté scolaire : menace ou opportunité ? par Lionel Devic*
Bien qu’un peu vite recouvert par le flot de l’actualité bancaire, le rapport remis le 23 janvier dernier par Jacques Attali au président de la République continue à susciter des remous. Vaniteusement présenté par son auteur comme un tout devant être transposé sans discussions en textes légaux et règlementaires, le rapport révèle au lecteur — et au chrétien en particulier — 316 « décisions », parmi lesquelles le pire côtoie le meilleur. À cet égard, il est effectivement souhaitable que certaines mesures, comme celle relative au travail du dimanche, finissent aux oubliettes. Mais au titre du meilleur, l’observateur attaché à la liberté scolaire ne peut que se féliciter des recommandations de la Commission Attali.
C’EST UNE SURPRISE. La commission très hétéroclite chargée de formuler des propositions pour créer et favoriser la croissance, préconise, dans le domaine de l’éducation qu’elle place au premier plan, une révolution salutaire. Révolution, qui pour une fois, est susceptible de profiter non seulement aux parents, professeurs et directeurs d’établissements, mais surtout aux enfants et à la France.
À notre sens, les deux propositions les plus remarquables dans ce domaine sont celles qui consistent, d’une part, à « accorder une plus grande autonomie aux établissements primaires et secondaires » dans le choix de leurs professeurs notamment et, d’autre part, à « permettre aux parents de choisir librement le lieu de scolarisation de leurs enfants ».
À noter qu’il s’agit là de deux mesures qui, jusqu’au 23 janvier 2008, étaient davantage portées par les droites dites « libérales » et « nationales » que par le reste de la classe politique. En France du moins, car à l’étranger, ces sujets ne sont pas abordés en termes partisans [1].
Que préconise le rapport ?
Il est appréciable de voir la question éducative mise au premier rang des priorités ; le bilan négatif de la situation de l’éducation en France, et le constat d’échec édifiant auquel se livre le rapport, mettent bien en évidence les défaillances du système actuel ; fondamentalement, créer les conditions de la croissance implique nécessairement d’accorder la première place à la réforme de notre système éducatif gravement inadapté.
Dans un premier chapitre (« Au commencement, le savoir »), le rapport assigne aux décisions qu’il recommande dans ce domaine la promotion d’une « éducation qui forme des générations créatives et confiantes ».
Pour y parvenir, il est proposé notamment (décision 4) de redonner aux chefs d’établissement primaires et secondaires une plus grande autonomie. Ainsi,
une liste de recrutement national constituant un « vivier » doit être établie, dans laquelle les établissements puiseront pour embaucher leurs professeurs. Cette autonomie permettrait aussi, en motivant les enseignants, d’encourager la nouveauté en matière de réussite scolaire, alors que le pilotage actuel des enseignements, trop centralisé et tatillon, leur ôte beaucoup de possibilités de s’approprier leurs cours et d’adapter la pédagogie aux besoins spécifiques des élèves.En outre, partant du constat de l’inadaptation de la carte scolaire, le rapport précise (décision 6) qu’il faut
permettre, dans un premier temps, un libre choix total de l’établissement par les parents et les élèves, qui pourront tenir compte de l’évaluation publique des établissements. En cas de demande excédentaire pour un établissement, des priorités transparentes, géographiques et sociales, seront établies.Enfin, dans un autre chapitre relatif à « la mobilité sociale », le rapport demande (décision 153) de permettre l’installation d’établissements privés conventionnés dans les quartiers (comprendre : les banlieues difficiles) ; ainsi, comme s’il s’agissait d’une mesure de tempérament de la décision 6 précitée, il est précisé que
Des « droits à l’école » seront attribués à chaque enfant et utilisables dans toutes les écoles : ce dispositif permettra d’établir une véritable liberté de choix, pour que chacun puisse bénéficier dans son voisinage d’écoles publiques et privées conventionnées. En pratique, l’État affectera aux parents une somme d’argent par élève. Chaque parent pourra l’utiliser dans un établissement public ou privé de son choix. Le conventionnement des écoles privées devra être très strict sur la nature des enseignements et le respect des valeurs de la République.
Les parents pourront ainsi bénéficier d’une totale liberté de choix de l’établissement et profiteront de ce financement quel que soit leur choix. La Suède utilise déjà ce système efficacement.
l’autorisation d’ouverture d’établissements privés dans ces zones devrait pouvoir déroger aux restrictions nationales [souligné par nous]. En outre (cf. supra), il est proposé de permettre, dans un premier temps à titre expérimental, comme en Suède, l’installation dans les quartiers défavorisés d’établissements privés conventionnés, en accordant à chaque famille un financement global par élève, laissant aux parents la liberté de le dépenser dans l’école de leur choix, privée ou publique. Cela permettra, sans dépense budgétaire particulière, d’assurer une véritable égalité de traitement entre enfants de tous les milieux.Recommandations lourdes de menaces ?
À notre connaissance, les principales critiques formulées à l’encontre de ces recommandations sont venues non seulement des défenseurs radicaux du système actuel (cf. notamment communiqué de la FSU du 23 janvier 2008) mais aussi de certains partisans attachés à la liberté scolaire d’une façon générale, et aux écoles hors contrat en particulier (en référence notamment à leur dimension catholique ou aux pédagogies alternatives qu’elles développent).
Si les critiques des premiers ne sont guère étonnantes et ne justifient pas que l’on s’y attarde, celles des seconds méritent davantage d’attention, même si elles concernent surtout la question du coupon scolaire et l’abordent essentiellement sous l’angle de la défense des établissements libres et indépendants.
En effet, ils estiment que le rapport Attali ferait du coupon scolaire une machine de guerre contre des libertés scolaires effectives ; les « droits à l’école » donnés à chaque parents ne pourraient être utilisés pour une école qui ne serait pas habilitée à recevoir ce coupon, c'est-à-dire qui ne serait ni publique ni conventionnée. Le fait d’appeler le coupon scolaire « droits à l’école » impliquerait logiquement que l’enfant n’a pas le droit d’aller dans une autre école que l’une de celles qui peuvent recevoir ces « droits ». Par conséquent, le fait, pour des parents, de choisir pour leurs enfants une école privée non conventionnée reviendrait à mettre à la poubelle les « droits à l’école » de leurs enfants ; psychologiquement, l’existence de ces « droits à l’école » rendrait donc plus difficile la décision de sortir du cadre public ou conventionné.
En outre, faute d’information suffisante dans le rapport, il est effectivement possible de s’interroger plus largement sur le sort des établissements sous contrat actuels : le contrat sera-t-il automatiquement remplacé par une convention « nouveau modèle » ? Que restera-t-il du « caractère propre », c'est-à-dire du caractère catholique de l’établissement, dès lors que ce conventionnement « devra être très strict sur la nature des enseignements et le respect des valeurs de la République », au nombre desquelles Jacques Attali précise oralement qu’il y a la laïcité ?
Par exemple, les catholiques attachés au développement d’un souffle apostolique plus grand au sein des établissements d’enseignement catholique, et à une identité plus marquée de ces derniers, doivent-ils donc craindre une limitation accrue de leur liberté ? Par ailleurs, que signifient ces « restrictions nationales » auxquelles la décision 153 fait allusion ? Faut-il comprendre que le contingentement du privé à 20 % des effectifs serait maintenu ? Enfin, faut-il craindre une instauration timide du bon scolaire, limité dans un premier temps aux seules banlieues difficiles ? (à propos de ces dernières, il semble que la proposition 153 fasse écho au souhait qu’avaient émis des responsables de l’Enseignement catholique quant à la possibilité d’ouvrir de nouveaux établissements dans ces quartiers).
Ces interrogations nous semblent légitimes ; elles sont le reflet d’une analyse attentive et prudente des propositions du rapport Attali. En matière d’éducation, les discours anticléricaux refont vite surface, et la tentation de négliger la liberté des parents et des professeurs est toujours vivace.
Faut-il pour autant lancer l’anathème sur les mesures préconisées par le rapport, en insistant sur les éventuels aspects négatifs de ces recommandations ? N’est-ce pas prendre le risque de mélanger sa voix à celles des jacobins et des idéologues co-gestionnaires du Mammouth, et de voir s’éloigner la perspective d’aboutir (enfin !) à l’instauration du bon scolaire ?
Le risque évident d’une telle attitude est de conduire les défenseurs de la liberté scolaire à baisser les bras et à considérer en définitive qu’il n’y a rien de bon à attendre de ce rapport. Est-ce conforme à l’espérance ou à l’état d’esprit qui doit habiter les personnes impliquées dans la promotion de choix politiques ?
Anticiper et saisir cette opportunité
Croire que ces propositions du rapport Attali peuvent contribuer à une juste réforme du système d’enseignement français relève-t-il d’un optimisme exagéré ? La plus discrète des trois vertus théologales ne doit-elle pas au contraire conduire à profiter de la force de ces propositions — et de leur dimension révolutionnaire — pour imaginer les voix et moyens nécessaires pour pousser l’avantage le plus loin possible dans le sens d’une véritable liberté scolaire ?
En premier lieu, il faut observer que le rapport ne dit pas que l’enseignement hors contrat — espace de liberté (onéreuse !) que d’autres pays ne connaissent pas — serait supprimé. En fait, sa situation juridique ne changerait pas de ce qu’elle est aujourd’hui. L’existence de l’enseignement hors contrat (les écoles indépendantes) s’appuie sur un droit constitutionnel, reconnu par la Déclaration universelle et la Convention européenne des droits de l’homme, qui semble bien difficile à supprimer. L’idée d’instaurer le bon scolaire constitue en lui-même une révolution très satisfaisante, même si elle ne s’accompagne d’aucun bénéfice particulier — ni d’aucun inconvénient supplémentaire — pour le hors contrat.
En deuxième lieu, le rapport évoque les établissements « conventionnés », et non plus seulement ceux « sous contrat » ; sauf à n’accorder que peu d’importance au sens des mots, le juriste notera que le contrat appartient à la catégorie plus large des conventions. Faut-il y voir, malgré la mention d’un conventionnement strict, le signe d’une modification, dans un sens plus libéral, de la nature des rapports qui pourraient exister à l’avenir entre l’État et les établissements d’enseignement privés ?
À cet égard, il est intéressant de constater que le jour même où Jacques Attali rendait son rapport, Eric de Labarre, secrétaire général de l’Enseignement catholique, exprimait, lors du congrès du SNCEEL (Syndicat national des chefs d’établissements d’enseignement libre) son souhait de revoir les relations contractuelles existant entre l’Enseignement catholique et l’État : « Association ne signifie pas assimilation. Nous souhaitons un enseignement catholique contractualisé, pas un enseignement catholique administré. » Le caractère propre des établissements catholiques ne doit pas être « une ligne de défense que l’enseignement catholique aurait construite pour contenir l’intervention de l’État ». Il a par ailleurs annoncé qu’un groupe de travail « autonomie et contrat » a été mis en place en vue de parvenir à la rédaction d’un document de référence sur les obligations des établissements [2].
Dans ce domaine, la meilleure défense n’est-elle pas d’anticiper et de proposer des solutions ? D’ailleurs, Éric de Labarre n’avait-il pas annoncé il y a quelques mois sa volonté de permettre à l’enseignement catholique de redécouvrir ses espaces de liberté [3] ? Ne faut-il pas saisir cette opportunité du rapport Attali pour agir en amont, en assouplissant et libérant les critères permettant l’accès à ce conventionnement ? Les promoteurs de la liberté scolaire ont donc la responsabilité de faire en sorte d’être au cœur du processus législatif qui conduira éventuellement à l’adoption des conclusions du rapport.
Ils devront faire preuve d’imagination pour profiter des espaces qui s’ouvrent et s’appuyer tant sur les pasteurs conscients de leurs responsabilité dans ce domaine que sur les laïcs, catholiques ou non, convaincus de la nécessité de favoriser la mise en œuvre du principe de subsidiarité dans ce domaine.
Comme la Congrégation pour l’éducation catholique l’a rappelé, n’oublions pas que
l'école catholique est appelée à un courageux renouvellement. L'héritage précieux d'une longue expérience séculaire manifeste, en effet, sa propre vitalité surtout dans la capacité d'une sage innovation. Il est tellement nécessaire qu'aujourd'hui encore l'école catholique sache se proposer de manière efficace, convaincante et actuelle. Il ne s'agit pas de simple adaptation, mais d'élan missionnaire: c'est le devoir fondamental de l'évangélisation, d'aller là où est l'homme pour qu'il accueille le don du salut [4].Quant au critère de laïcité, il y a la conception de Jacques Attali, d’une part, et la conception de Nicolas Sarkozy, d’autre part.
La première semble être le reflet d’une vision étriquée ; mais est-elle encore crédible ?
La seconde en revanche, qui se veut positive [5], va dans le sens d’un progrès remarqué et devrait permettre aux établissements catholiques d’affirmer davantage leur identité, notamment dans le futur cadre « conventionné ». C’est à cette seconde conception de la laïcité que les catholiques attachés à la promotion d’une véritable liberté scolaire pourront opportunément se référer.
On notera avec satisfaction que dans son discours en réponse à celui de Jacques Attali, le président de la République s’est réjoui de voir la liberté faire son entrée dans le domaine de l’éducation : « Aujourd’hui cela progresse, c’est une évidence. Mais d’une manière générale, toutes vos propositions qui mettent en avant le libre choix, la liberté individuelle, me semblent parfaitement légitimes. »
Puissent les hommes de bonne volonté — et les chrétiens en particulier — être suffisamment nombreux, dans les prochains mois, à rappeler comme l’Église au législateur que
le rapport correct entre l'État et toute école — pas seulement catholique — se pose non pas tant à partir des relations institutionnelles qu'à partir du droit de la personne à recevoir une éducation adéquate selon son libre choix. Droit auquel on répond selon le principe de subsidiarité. En effet, les pouvoirs publics, dont le rôle est de protéger et de défendre les libertés des citoyens, doivent veiller à la justice distributive en répartissant l'aide des fonds publics de telle sorte que les parents puissent jouir d'une authentique liberté dans le choix de l'école de leurs enfants selon leur conscience.
C'est dans le cadre non seulement de la proclamation formelle de ce droit fondamental de l'homme, mais aussi de son exercice effectif, que se pose, en certains pays, le problème crucial de la reconnaissance juridique et financière de l'école qui n'est pas école d'État. Nous faisons nôtre le souhait de Jean-Paul II pour que l'on parvienne enfin à réaliser pour les écoles qui ne sont écoles d'État une vraie égalité, qui soit en même temps respectueuse de leur projet éducatif [6].
* Lionel Devic est avocat.
Pour en savoir plus :
■ Le rapport Attali sur le site officiel de la commission www.liberationdelacroissance.fr.
[1]Cf. également les mesures proposées par l’association pour la Fondation de Service politique dans son « Guide de l’électeur 2007 » (Liberté politique n° 36, printemps 2007).
[2]Cf. dépêche de l'AEF, Marie-Caroline Missir, 24 janvier 2008, n° 90436, « Eric de Labarre “rêve d'établissements publics sous contrat avec l'État” ».
[3] Cf. entretien avec Denis Peiron, La Croix,23 août 2007.
[4] Cf. « L’école catholique au seuil du troisième millénaire », Congrégation pour l’éducation catholique, 28 décembre 1997.
[5] Cf. Nicolas Sarkozy, La République, les Religions, l’Espérance, entretien avec Thibaud Collin et le Philippe Verdin, éditions du Cerf, 2004.
[6] Cf. « L’école catholique au seuil du troisième millénaire », op. cit.
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