20 mars 2008
Après les municipales, mobilisons-nous ! par Thierry Boutet*
Les résultats du second tour des élections municipales sont à peu près conformes aux prévisions (cf. dans cette édition l’analyse de Roland Hureaux) : la gauche retrouve les villes perdues en 2001, la droite patine. Les Français s’impatientent. Dans quelle voie le gouvernement agira-t-il ? De grands chantiers attendent les catholiques.
UN AVERTISSEMENT a été envoyé par la majorité des Français à Nicolas Sarkozy, passé selon le journal Le Monde du statut de « candidat convainquant » au statut de « président déroutant ». Pour autant, les électeurs ne remettent pas en cause les raisons pour lesquelles ils ont voté en sa faveur. Ils attendent que le chef de l’État et son gouvernement réforment et, impatients, trouvent que les résultats tardent à venir. Mais ont-ils un autre choix ?
Le Parti socialiste bénéficie du rejet de Nicolas Sarkozy, mais il n’a pas de projet. Les électeurs ne sont pas dupes de la démagogie de François Hollande et la posture de Ségolène Royale les lasse. François Bayrou a tenu le cap obstiné jusqu’au bout de sa logique, mais le chemin s’arrête à Pau, en impasse.
Les résultats démontrent surtout, une fois de plus, que la droite élue sur le changement et les réformes ne sait pas transformer sa victoire. La France aura-t-elle les réformes dont elle a besoin ? En partie sans doute, mais à quel prix ? Les paramètres internationaux ne sont pas à négliger. Si la croissance mondiale s’enraye, le programme de réformes de Nicolas Sarkozy deviendra totalement impossible à appliquer.
Dans ce contexte, quel est le rôle des chrétiens ?
Dans de nombreuses municipalités, les chrétiens ont arbitré les résultats. Un grand nombre d’élus locaux sont catholiques, et les chrétiens sont présents à l’Assemblée. Si notre poids dans la vie politique peut être parfois déterminant quantitativement, il l’est plus encore qualitativement. Par la force de propositions que nous représentons et par la capacité que nous avons de sortir de la pensée commune et du politiquement correct, nous pouvons faire bouger les lignes. Sur quelques points essentiels nous pouvons agir.
En premier lieu, l’éducation. La question de la laïcité fait couler beaucoup d’encre. Nicolas Sarkozy a brisé un certain nombre de tabous. Mais au-delà des polémiques idéologiques, quelle est la réalité ? Dans nos établissements scolaires, catholiques ou non, la liberté de conscience est-elle véritablement respectée ? Les témoignages que nous recevons chaque jour témoignent que non. Les préjugés, des formes insidieuses de persécutions religieuses sont beaucoup plus fréquentes que certains ne l’imaginent. L’Église et les pouvoirs publics doivent être alertés. Nous ne laisserons pas nos enfants être victimes des trop nombreux petits-pères-Combes qui sévissent dans nos établissements scolaires. Nous allons poursuivre notre action à travers la pétition qui rencontre un grand succès. Des initiatives pratiques sont à l’étude pour protéger la liberté religieuse à l’école.
En second lieu, la famille. Le gouvernement concocte, sous la pression du lobby gay, un « statut du beau-parent » qui risque, avec les amendements que le Parlement ne manquera pas de proposer, d’être la porte ouverte à l’adoption d’enfants par des couples homosexuels. Nous veillerons à ce que les intérêts des enfants ne soient pas menacés par l’égoïsme des adultes.
Derrière, se profile la question du mariage. Le CUC évoluera t-il vers le mariage civil de couples homosexuels au même titre que celui des hétérosexuel ? Dans la mesure où le mariage est une institution qui structure la société, nous continuerons nos actions pour alerter l’opinion et les responsables politiques.
En troisième lieu, la révision des lois de bioéthique. Les grandes manœuvres ont commencé. Le refus de conférer un statut à l’embryon permet toutes les dérives. Nous travaillons pour le moment à un document de synthèse qui sera publié prochainement sous forme d’un grand dossier dans notre revue Liberté politique. Nous préparons aussi des argumentaires que nous diffuserons, le moment venu, sous forme notamment de Notes bleues de la Fondation de Service politique. En ce qui concerne l’euthanasie, la loi Léonetti est menacée. Sans être parfaite, elle permet au corps médical d’apporter une réponse adaptée au cas de grande détresse sans tomber dans le suicide médicalement assisté. Le gouvernement jusqu’ici a fait front. Nous continuerons, sur ce point, de le soutenir (cf. dans cette édition la note de Pierre-Olivier Arduin).
En quatrième lieu, l’encyclique sociale. Le second document majeur du magistère de Benoît XVI devrait paraître au printemps ou à la rentrée prochaine. Des difficultés de traduction expliquent le retard. Avec nos amis de l’association des économistes catholiques nous proposerons un travail d’analyse et de réflexion approfondie à son sujet. L’encyclique évoquera, en particulier, les questions d’environnement et de mondialisation, deux thèmes sur lesquels nous assurons une veille de ce qui se dit et fait dans l’Église.
Enfin il y a l’Europe. En août, la France présidera l’Union européenne. Nous souhaitons notamment qu’elle mette parmi ses priorités l’application de la convention de Varsovie sur la traite des femmes. En septembre, se sera le début de la pré-campagne pour les prochaines élections européennes. L’Europe constitue pour nous un chantier majeur. La pétition que nous avions lancée avec nos partenaires en faveur de la mention des racines chrétiennes dans le préambule du traité constitutionnel avait recueilli un million de signatures : du jamais vu en Europe ! Nous continuerons de suivre l’actualité européenne et d’intervenir à Paris comme à Bruxelles lorsque ce sera possible et opportun.
Beaucoup de travail nous attend et de nombreux chantiers sont en cours. Nous travaillons à la refonte du site Internet de la Fondation et comme vous avez pu le constater, de nouveaux collaborateurs nous ont rejoints. À travers notre lettre hebdomadaire Décryptage et notre site que vous êtes de plus en plus nombreux à consulter régulièrement, nous allons amplifier, avec votre soutien, notre action culturelle et politique au service du bien commun et de la mobilisation de la conscience chrétienne, sans esprit partisan, éclairés par l’enseignement de l’Église et de Benoît XVI.
Dans la communion de l’Église et dans la joie de Pâques, soyez assuré de la fidélité de tous les animateurs de la Fondation de Service politique à l’immense espérance que nous portons ensemble.
* Thierry Boutet est porte-parole de la Fondation de servicde politique, directeur du comité éditorial de Liberté politique.
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15 février 2008
Nicolas Sarkozy mérite-t-il que l’on respecte sa vie privée ? par Charles-Henri d'Andigné
« Si tu reviens, j’annule tout. » L’affaire du SMS de Nicolas Sarkozy, envoyé, dit-on, à Cécilia, et diffusé par le site Internet du Nouvel Obs, donne lieu à un débat des plus confus. Le Nouvel Obs s’excuse. Le Point s’offusque. Schneidermann, dans Libé, approuve, comme… Etienne Mougeotte, du Figaro. Confusion due au fait, nous semble-t-il, que l’on tente de répondre en même temps à deux questions fort différentes : 1/ Fallait il publier cette information ? 2/ Le président est-il responsable de ce qui lui arrive ?
À la première question, la réponse est non, bien entendu. L’attitude de l’Obs, par quelque bout qu’on la prenne, est indéfendable. En admettant que ce SMS soit authentique, il appartient à la vie privée de Nicolas Sarkozy et personne n’a à s’y immiscer. Une chose est sûre néanmoins : son directeur Jean Daniel aura beau reconnaître l’erreur de son journal (avec une certaine élégance, d’ailleurs), rien n’y fera : le doute subsistera, d’une part, et le site du Nouvel Obs, d’autre part, restera dans tous les esprits comme un média où circulent les infos les plus « trash », où l’on est au courant de tout avant tout le monde… Quelles que soient les suites judiciaires de cette affaire, à moyen terme, ils seront gagnants.
Mais le Président n’a-t-il pas une part de responsabilité dans cette affaire ?
Affirmons en préalable qu’un homme politique se juge à sa politique. À ses décisions politiques. La mesure de ses décisions est le bien commun : un coureur de jupon qui ne confond pas politique familiale et politique sociale, par exemple, est préférable à un pilier de sacristie qui fait le contraire. La cohérence du comportement politique est relative à la fin politique elle-même. Aussi bien, nous faisons crédit au Président de l’orientation qu’il donne à la laïcité de la République. Mais la fonction du chef de l’État l’engage : non seulement, il ne peut ignorer la portée exemplaire de son rôle public sur les mœurs (ainsi sur la jeunesse), mais il doit faire preuve de discernement pour se faire respecter, lui et son autorité — qui est précisément politique.
Sous ce rapport, sa responsabilité est bien entendu énorme. En attaquant le journal au pénal, Nicolas Sarkozy se comporte comme un pompier pyromane. Dans la « peopolisation » de la vie politique, il a joué un rôle moteur. C’est lui qui, de tous les hommes politiques français, a joué le plus cyniquement, et le plus efficacement, croyait-il, cette carte-là. Sans jamais se poser la moindre question sur l’opportunité de ce phénomène, pour lui comme pour la vie politique en général.
C’est lui qui, lançant sa campagne électorale, a exhibé son épouse de l’époque, jouant devant les médias ravis les Kennedy aux petits pieds. C’est lui qui a vu cette médiatisation lui revenir en pleine figure quand la belle fut partie, en galante compagnie, à New York… et qui jura, un peu tard, qu’on ne l’y prendrait plus. C’est lui qui, la belle revenue, recommença à se pavaner avec elle dans les journaux people. C’est lui qui vécut son divorce en direct et en pleine lumière quand Cécilia décida que la comédie avait assez duré. C’est lui qui emmena sa nouvelle conquête en pré voyages de noces en Égypte et en Jordanie... et qui fit mine de s’étonner quand des centaines de journalistes le suivirent en rigolant…
Et il faudrait qu’on le plaigne pour cette histoire grotesque de SMS ? Mais qui serait assez naïf pour cela ?
M. Sarkozy appartient à cette race très particulière de gens à qui la vie n’apprend rien. Sa vie privée est étalée, déformée, défigurée ? Oui, c’est fort regrettable mais c’est entièrement de sa faute. Les paparazzi et certains journalistes se comportent comme des voyous ? Oui, bien sûr, quelle découverte ! Mais ils savent à qui ils s’attaquent. Ils n’ont encore jamais embêté personne avec la vie privée de François Fillon ou d’Édouard Balladur.
Alors de grâce, qu’on nous épargne le-respect-de-la-vie-privée-de-M-Sarkozy-qui-y-a-droit-comme-tout-le-monde. Billevesée que tout cela ! Dans sa position, le président a avant tout des devoirs. Devoir de dignité. Devoir de ne pas abaisser sa fonction plus bas que terre. Devoir de gratitude envers une nation qui lui a tout donné, y compris sa confiance. Devoir de discrétion, de décence, d’humilité et, pourquoi pas, de compréhension de la psychologie des Français… Qu’il soit respectable, en un mot, et il sera respecté.
20:10 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : Nicolas sarkozy, morale politique
20 décembre 2007
Municipales 2008 : pourquoi s’engager dès maintenant, par Thierry Boutet*
Les 9 et 16 mars prochains, les Français éliront les conseillers municipaux de leurs villes et communes. La plupart des têtes de listes des grandes villes ont été désignées. C’est maintenant que se constituent les listes : pour les chrétiens, c’est le moment de faire acte de candidature, et de s'engager pour les soutenir activement.
POURQUOI se présenter à une élection municipale ? L’expérience montre que l’engagement local d’un chrétien est non seulement possible mais efficace — à quelques conditions qu’il faut évoquer. Un mandat de conseiller municipal, d’adjoint au maire ou de maire permet de favoriser ou de promouvoir un ensemble d’initiatives respectueuses des droits de la personne, de la famille et du bien commun. Sous réserve qu’ils ne s’engagent pas pour « faire passer un message » mais pour se mettre au service des autres, les chrétiens cohérents et affichés sont généralement bien accueillis dans un conseil municipal. Cela reste vrai au niveau national même si les enjeux ne sont pas tout à fait les mêmes.
En dépit du discrédit global de la classe politique, l’élu, spécialement quand l’élection a lieu au scrutin uninominal, conserve une aura que rien n’est parvenu jusqu’ici à diminuer. Cela tient au rapport que celui-ci entretient avec ses électeurs. Cette relation est tissée de liens qui sont beaucoup plus forts que ceux que peut avoir un militant associatif avec ces mêmes personnes. Elle est basée sur la certitude, plus ou moins grande, que celui pour qui on vote est digne de confiance ou au minimum plus digne de cette confiance que ses concurrents.
Se faire connaître
Pour cela l’élu doit en premier lieu se faire connaître, personnellement. La médiatisation des débats en fait plus que jamais un homme public. Cette dimension, encore faible pour un conseiller municipal, devient presque totale pour un président de la République dont la vie privée est entièrement exposée, quoiqu’il fasse.
Cette exposition présente évidemment des risques. Mais pour un chrétien, loin d’être un handicap, elle se présente plutôt comme une opportunité. Les chrétiens sont supposés avoir un minimum d’unité entre leur vie privée et leur engagement public, et sont appelés à être des témoins fidèles et publics du Christ. Le monde attend d’eux que leur conduite, leurs ambitions, leur parole publique, soient en cohérence avec la morale qu’ils affichent en privé. Cette transparence exige des chrétiens une vie chrétienne authentique, donc sacramentelle, avec tout ce qu’elle implique. Les pharisiens sont rarement populaires et malheur à celui qui cause un scandale. Un chrétien ne descend pas impunément dans la fosse aux lions habillé de lin blanc et de pureté candide, s’il n’est pas authentiquement un saint, malgré ses faiblesses. Dans le cloisonnement qu’opère volontairement beaucoup d’hommes politiques entre leur engagement public et leur vie privée, n’y a t-il pas, au-delà des raisons idéologiques, la peur plus ou moins consciente de perdre la face, faute d’unité entre ce qui est proclamé et ce qui est vécu ?
Mais lorsque cette cohérence existe et qu’elle se manifeste, elle séduit généralement, y compris ceux qui ne partagent pas les mêmes convictions religieuses. C’est la raison pour laquelle les très nombreux chrétiens qui sont élus dans d’innombrables municipalités sont bien reçus alors qu’ils ne font pas mystère de leur foi. Ainsi, en 2005, dans une banlieue de Paris plutôt rouge que rose, un conseiller municipal affiché chrétien et soucieux de célébrer les jours saints a demandé et obtenu, y compris d’élus communistes, que le conseil municipal ne se tienne pas le Jeudi saint. Cet exemple de respect n’est pas unique. La réaction laïciste n’a pas court dans la vie locale.
Lorsque l’on sait se faire connaître pour ce que l’on est, il faut encore écouter ce que l’on vous dit. Or l’électeur a des préoccupations très prosaïques : chômage, sécurité, recherche d’emplois, implantation médicale, sport, budget, subventions, urbanisme, logement, circulation. Entendre l’électeur, c’est se mettre à l’écoute de ses préoccupations. L’élu ne choisit pas les questions que ses concitoyens lui posent, surtout s’il est dans la majorité.
Accepter l’affrontement
En outre, ce travail de conviction s’exerce dans un contexte conflictuel. Les chrétiens engagés en politique doivent accepter ce conflit. Le monde politique n’est pas consensuel sur les questions de personne. L’élection est un choix entre deux personnalités, dont l’une est repoussée au profit d’une autre. Les querelles de personnes sont donc consubstantielles au système démocratique. Même s’il aime le consensus, le chrétien qui s’engage en politique doit accepter d’avoir des adversaires. Jean Paul II, à la suite de l’enseignement de saint Thomas d’Aquin, a été très clair sur ce point dans l’exhortation Christi fideles laici : l’affrontement entre les personnes n’est pas en lui même immoral. Mais la dureté du combat politique devrait conduire les chrétiens à prendre deux précautions.
La première est de ne pas s’isoler. Que ce soit dans un conseil municipal ou pour se présenter à la présidence de la République, l’engagement politique n’est pas un exercice solitaire. En démocratie, personne n’est majoritaire. Il n’est possible de travailler qu’en trouvant des alliances. L’alliance est un contrat qui se fait sur des points d’accord minimaux.
C’est ici que se pose le plus souvent la question de l’adhésion à un parti politique. Elle soulève d’autant plus de problèmes au regard de la Note Ratzinger (2002) et l’enseignement actuel de l’Église sur l’objection de conscience, que l’on se situe à un niveau élevé dans la hiérarchie d’un parti et que l’on atteint une dimension nationale. Les partis ont un mode de fonctionnement très monolithique et peu tolérants vis-à-vis de l’expression des différences légitimes à l’intérieur d’une orientation générale. L’imprégnation par le positivisme empirique de leur vision du monde les met le plus souvent à la remorque des idées dominantes au lieu de jouer leur rôle d’éclaireurs dans la résolution des problèmes de la Cité.
Il existe néanmoins des solutions acceptables. La manière dont Jean-Pierre Chevènement ou Christine Boutin, à gauche comme à droite de l’échiquier politique, ont réglé leurs problèmes d’appartenance montre ce qu’il est techniquement possible de faire valoir sa différence (et quoiqu’on pense de leurs stratégies respectives). S’associer à un parti de gouvernement ou à un groupe parlementaire ne signifie pas lui donner un blanc-seing.
La seconde précaution à prendre est de savoir patienter. Platon déconseillait aux jeunes gens de prendre des responsabilités trop tôt. Les motifs qu’il invoquait demeurent profondément justes. L’âpreté du combat, l’intensité de l’engagement personnel qu’il réclame, les sacrifices qu’il exige de l’entourage familial s’il y en a un, suppose des hommes et des femmes d’expérience et des personnalités aguerries. Combien d’hommes et de femmes politiques ont aujourd’hui des vies familiales en lambeaux et des enfants à la dérive ?
La politique ne devrait pas non plus être une profession à vie. Or un engagement précoce risque d’en faire trop tôt une « carrière ». En France particulièrement, trop d’hommes et de femmes politiques sont des professionnels de la politique à commencer par le chef de l’État lui-même. Ce carriérisme n’est souhaitable ni pour les personnes, ni pour la vie politique, ni pour la société.
Une vocation
L’engagement politique relève davantage de la vocation que de la profession. Pour un chrétien, elle est une forme éminente de la charité et elle appelle de nombreux sacrifices.
C’est pourquoi l’homme politique, de quelque bord qu’il soit, doit pouvoir trouver auprès de l’Église un soutien et un réconfort. En ce sens, le Service pastoral d’études politiques fondé par le cardinal Lustiger pour assurer auprès des parlementaires et du personnel politique une présence d’Église est une heureuse initiative [1]. De très nombreux parlementaires, croyants ou non, sont en contact avec lui et fréquentent ainsi l’Église, le cas échéant discrètement, comme Nicodème !
À ces conditions, l’engagement politique devrait être une priorité pour les catholiques qui trop souvent le délaisse aujourd’hui. Il leur permet d’être présent sur le terrain et de témoigner au contact de leurs concitoyens de leurs convictions et des motifs de leur engagement. De nombreuses femmes y sont attendues en raison de la loi française sur la parité. Souvent plus attentives aux questions qui relèvent de la culture de vie, de la famille et de l’éducation, elles ont un rôle primordial à jouer à tous les échelons.
Malheureusement très peu d’hommes et de femmes politiques engagés dans un parti parviennent à conserver une autonomie suffisante vis-à-vis des exigences et des contraintes inhérentes à un engagement à contre-courant de la pensée dominante. Beaucoup de chrétiens y renoncent, faute de « charisme », de formation ou simplement de temps. Qui plus est, ceux et celles qui y parviennent, avec leurs limites, font généralement l’objet d’un ostracisme interne de la part des catholiques comme si les clivages politiciens devaient, étonnamment, prévaloir sur la communauté de leur foi. D’accord ou pas avec leurs choix tactiques ou leurs options temporelles respectives, les catholiques devraient éviter de « se tirer dessus » au lieu de prendre un soin extrême à se démarquer les uns des autres.
Si l’on ne se sent pas prêt ou appelé à s’engager dans des joutes électorales, d’autres modalités d’action possible, dans la ligne des conseils de la Note Ratzinger, sont offertes aux catholiques qui ont le sens du bien commun. Ces formules existent en relais et en appui des chrétiens engagés dans un mandat électif. Nous y reviendrons.
*Thierry Boutet, président du comité éditorial de Liberté politique, a publié l’Engagement des chrétiens en politique. Ce Décryptage est extrait et adapté de la VIe partie « Fractures », chapitre VII : « Le combat de l’élu politique ».
[1] Actuellement sous la responsabilité du père Matthieu Rougé, recteur de la basilique Sainte-Clotilde (VIIe).
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