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11 avril 2008

Une idée laïque : la reconnaissance civile du mariage religieux, par François de Lacoste Lareymondie

   

Une idée laïque : la reconnaissance civile du mariage religieux Face au projet de Contrat d’union civile (CUC) (le mariage moins la filiation), la Fondation de Service politique a proposé la reconnaissance civile du mariage religieux. Conçue comme une réponse politique à une promesse électorale de Nicolas Sarkozy, cette proposition a été adressée dans un premier temps à tous les évêques de France, puis aux parlementaires, et aux abonnés de la revue Liberté politique sous forme de Note bleue (n° 5, février 2008). Ce projet a suscité un grand nombre de remarques et d’interrogations, critiques positives et négatives. Sa mise en œuvre ne risque-t-elle pas de renforcer les tensions communautaristes ? N’affaiblit-elle pas le caractère naturel du mariage ? Et quid des revendications musulmanes ? Retour sur cette idée, dont la formule est pratiquée dans onze Etats européens, et réponses aux objections.


TOUTES LES QUESTIONS soulevées à propos du projet de reconnaissance civile du mariage religieux ont le mérite d’enrichir le débat, et de peser ses avantages et ses inconvénients. Nous présentons aujourd’hui des précisions d’ensemble, pour ajuster notre proposition. Les réponses aux questions soulevées peuvent être regroupées en trois catégories : 1/ celles qui procèdent de l’anthropologie du mariage, 2/ celles qui portent sur les aspects juridico-pratiques de la proposition, et 3/ celles qui relèvent de la politique et de la stratégie.

Au préalable, il faut revenir sur les fondements objectifs et universels du mariage, à la base de toute forme de reconnaissance civile ou religieuse.



Le mariage est avant tout une réalité anthropologique

La plupart des réactions enregistrées témoignent d’une difficulté dans l’appréhension des fondements anthropologiques du mariage. Sans entrer dans des développements qui dépasseraient notre cadre, il faut pourtant les rappeler. Ils sont au nombre de deux :

  • Le premier est celui d’une nature humaine sexuellement différenciée, constituée homme et femme, et qui ne s’accomplit que dans l’union matrimoniale : nul individu ne trouve son accomplissement en lui-même mais dans une relation d’union à un autre qui lui est égal et complémentaire, union par laquelle passe le don de la vie ; d’où découlent les dimensions intrinsèquement monogame et indissoluble du mariage.

  • En second lieu, le mariage revêt un caractère institutionnel, fondateur de toute société : en effet, sans mariage il n’y a pas de famille, sans famille pas d’engendrement ni d’éducation des enfants, et partant pas de société, et en fin de compte pas d’État.
Ceci reste vrai quelles que soient les formes contingentes que revêtent le mariage et la famille dans le temps et dans l’espace : la vérité ontologique du mariage ne dépend pas des formes concrètes de sa manifestation, mais de la nature humaine ; pas plus qu’elle ne dépend des accidents de la procréation et des remèdes que l’on tente de lui apporter.

Même si cette façon d’aborder la question est difficile à appréhender dans le contexte culturel actuel, on doit s’y tenir solidement sous peine de s’enfermer dans une impasse intellectuelle qui débouche sur une vision purement conventionnelle du mariage, et dans le fidéisme pour ceux qui s’attacheraient à respecter quand même les normes de leur religion.

C’est à partir de là que s’articulent les réponses aux trois séries de questions posées.


I- CONSEQUENCES ANTHROPOLOGIQUES : LA RECONNAISSANCE CIVILE EST INCONTOURNABLE

1/ Pour l’Église, le mariage religieux n’est pas premier par rapport au mariage civil

L’Église reçoit l’anthropologie du mariage telle qu’on vient de la résumer comme une donnée de la nature créée. La Bible, c’est-à-dire la révélation divine en ce qu’elle nous dit quelque chose de fondamental sur la vérité de l’homme, souligne qu’elle remonte à l’origine, autrement dit à la Création ; elle ajoute même que Dieu vit que « cela était très bon » (Gn. I, 31). Faut-il évoquer en outre à ce sujet la parole du Christ à la Samaritaine (Jn. IV, 17), ainsi que Sa réponse aux pharisiens qui se référaient à la répudiation autorisée par la loi mosaïque : « C’est en raison de l’endurcissement de votre cœur que Moïse l’a permis ; mais à l’origine il n’en était pas ainsi » (Mt. XIX, 3s) ?

À la suite du Christ qui a assis sur cette réalité naturelle un signe efficace de Sa présence et de Son alliance avec les hommes (cf. les noces de Cana en Jn. II, 1s, et chez saint Paul, Ep. V, 32), l’Église a reconnu et reçu Sa volonté d’élever le mariage à la dignité sacramentelle et de lui faire porter un sens et des effets surnaturels.

C’est dire l’importance que revêt le mariage naturel, et le caractère unique du mariage religieux parmi tous les autres sacrements : au plan ontologique, la réalité naturelle, c’est-à-dire le mariage civil, est ici première, même si le sacrement la transcende au plan spirituel et lui donne une portée surnaturelle incommensurable. C’est pourquoi, depuis sa fondation, l’Église se bat continûment contre le monde avec bien des incompréhensions, des compromis boiteux et des échecs, pour que cette réalité naturelle soit respectée et, au besoin, rectifiée ; et c’est aussi pourquoi se pose aujourd’hui la question cruciale de la préservation de sa vérité intrinsèque.

2/ Le mariage religieux n’absorbe pas toute la réalité du mariage

Résurgence particulière du vieux débat sur les rapports de la nature et de la grâce (ou surnature) que cette question. Mais non : la grâce n’abolit pas la nature ; elle la restaure en sa partie blessée et la transcende, mais elle n’en fait pas disparaître les exigences propres.

En raison de la double dimension du mariage, à la fois réalité naturelle fondamentale et sacrement, l’Église ne peut pas faire l’impasse sur la première, c’est-à-dire se dispenser du mariage civil de façon banale et habituelle : imagine-t-on des catholiques mariés religieusement que la société tiendrait pour des concubins ? Quelle contradiction !

À telle enseigne que le Code de droit canonique précise au canon 1071 que « sauf cas de nécessité, personne n’assistera sans l’autorisation de l’Ordinaire du lieu… au mariage qui ne peut être reconnu ou célébré selon la loi civile ». Autrement dit, l’Église n’accepte pas de célébrer le sacrement s’il n’y a pas aussi mariage civil, d’une façon ou d’une autre : agir autrement de sa part serait nier implicitement la réalité anthropologique préalable du mariage et donc le fondement sur lequel est assis le sacrement.

Par conséquent, le mariage religieux n’absorbe pas le mariage civil. Celui-ci a sa finalité propre ; et la société, en tant que telle, a le droit et le devoir de demander aux époux de s’engager devant elle, qu’ils soient chrétiens ou non.

C’est à la lumière de cette première conclusion que l’on peut répondre à la question incidente que pose l’existence de l’article 433-21 du code pénal français. Celui-ci sanctionne pénalement un ministre du culte qui célèbre des mariages religieux sans mariage civil préalable. Introduit dans notre droit à la fin de la période révolutionnaire pour lutter contre les tenants de l’ordre ancien, il n’a plus la même portée. En demander aujourd’hui l’abrogation n’aurait d’autre but que d’inciter à se passer du mariage civil sans risque de poursuites judiciaires : ce serait faire fausse route.

3/ Même dévalorisé, le mariage civil demeure légitime…

Il est exact que, dans nos sociétés occidentales postmodernes, le mariage a été totalement galvaudé par l’accent trop souvent mis sur le seul sentiment amoureux, par le divorce facilité à l’extrême, par les avantages sociaux et fiscaux accordés à tous les couples, mariés ou non, etc. que nombre de gens n’en voient plus la finalité, ni même l’utilité. Beaucoup préfèrent s’en passer en vivant en concubinage, ou adoptent la formule plus légère du PaCS.

Cette réalité, très ancienne et très générale (elle ne date pas d’aujourd’hui, loin s’en faut), provient de la difficulté que nous avons tous à vivre le mariage monogame et indissoluble dans sa pleine vérité en raison de la blessure infligée à notre nature par le péché ; blessure qui offre à l’Adversaire la porte la plus large et la plus facile à emprunter. Elle témoigne de l’ « endurcissement du cœur » auquel le Christ fait allusion ; et elle s’adosse à la propension habituelle de l’homme, rarement avouée mais toujours latente, à rechercher des accommodements avec une exigence difficile à atteindre plutôt qu’à se corriger lui-même, à admettre ses chutes comme telles, et à se relever sans cesse.

Mais autant la faiblesse humaine appelle de l’indulgence dans ses manifestations personnelles et concrètes, et trouve son remède ultime dans la miséricorde divine, autant l’exigence demeure, que l’on ne saurait renier : le Christ n’a pas condamné la femme adultère, mais il ne l’a pas excusée non plus, la renvoyant avec cette instruction ferme : « Va, désormais ne pèche plus » (Jn. VIII, 11).

On ne juge pas de la réalité d’une chose par son mauvais usage, fût-il général et approuvé par la société. Que le mariage soit mal protégé et mal vécu ne rétroagit pas sur sa nature. C’est pourquoi le combat de l’Église pour en faire prévaloir la vérité dure depuis 2000 ans et ne cessera jamais.

4/ … mais jusqu’à quel point ?

En dépit d’une pratique galvaudée, tant qu’il demeure un mariage avec toute sa spécificité, le mariage civil doit être respecté et assumé. Mais jusqu’à quel point peut-on accepter sa dévalorisation ? Y a-t-il une « ligne jaune » à ne pas franchir ?

Le canon 1071 déjà cité commence par l’expression « sauf cas de nécessité ». Elle signifie que l’impératif du mariage civil peut comporter des exceptions. Quelles sont-elles ?

Laissons de côté celles qui relèveraient d’une situation particulière des fiancés dans un contexte déterminé et qui, au jugement de l’évêque, justifierait que l’Église les admette au sacrement sans qu’il y ait mariage civil. Peut-on concevoir également des exceptions de portée générale ? Sur un plan théorique, on peut imaginer deux hypothèses qui correspondent à des cas extrêmes : la disparition de toute autorité publique susceptible de célébrer un mariage civil (guerre ou cataclysme), et la suppression formelle et expresse de l’institution du mariage par un État qui renverrait tout lien matrimonial à un simple arrangement privé. Nous n’en sommes pas encore là, quoique l’utilisation concrète du PaCS (à plus de 90% par des couples hétérosexuels) suggère qu’on risque d’y aboutir un jour.

Ce constat ne suffit pas à clore le débat : le CUC, selon les formes qu’il revêtirait, pourrait obliger à reconsidérer la réponse. D’où la nécessité d’entrer plus avant dans l’analyse du mariage et d’examiner ses aspects juridiques afin de les confronter à ceux qui sont envisagés pour le CUC.


II- LES ASPECTS JURIDIQUES ET PRATIQUES

1/ Détourner la forme juridique, c’est dénaturer la réalité


Le mariage est à la fois une institution et un contrat.

D’abord une institution, et même une institution fondatrice de la société comme on l’a rappelé plus haut. En effet la société ne résulte pas d’un « contrat social » conclu souverainement et abstraitement entre des individus isolés et juxtaposés, mais d’une agrégation de communautés, dont la première est la famille fondée par mariage et qui, de proche en proche, aboutissent à la société politique, autrement dit l’État. En retour l’État doit leur donner une forme adéquate, notamment juridique, pour leur permettre de se déployer pleinement. C’est en ce sens qu’il les institue.

Ensuite, parce qu’il unit deux individus égaux en droit, le mariage est aussi et par nature un contrat. Or un contrat, s’il exige évidemment un objet qui fait sa substance et sur lequel les parties s’accordent, ne peut se concevoir sans revêtir une certaine forme qui le spécifie : c’est vrai dans tout système juridique. La forme a pour but de garantir que les parties ne se méprennent ni sur ce qu’elles font, ni sur les raisons de le faire, ni sur la manière de le faire.

D’où les formes nécessaires et substantielles du contrat de mariage que sont sa célébration publique, dans un lieu public, devant témoins, et en présence d’une autorité publique. Elles caractérisent tellement le mariage que, sans elles, celui-ci n’existe pas : tout mariage clandestin est nul, comme l’est tout mariage célébré sans témoin ou hors la présence de l’autorité publique légitime. Ces mêmes formes se retrouvent intégralement dans la célébration religieuse.

La dénaturation du mariage serait donc avérée dès lors que sa forme propre serait détournée pour servir à autre chose. C’est d’ailleurs ce qui différencie le CUC du PaCS dans l’intention de ses promoteurs : le faire ressembler le plus possible à un mariage sans lui en donner le nom, et l’ouvrir à des personnes de même sexe. Mais le nom ne fait pas la chose, ni son changement ne la fait disparaître. Ne soyons pas dupe de ce nominalisme au caractère mensonger. Et c’est alors que ressurgirait le problème de fond obligeant à rouvrir la question d’une objection radicale.

Si tel devait être le cas, l’alternative suivante se présenterait donc à nous :
  • laisser faire et admettre que la contestation puisse passer par la désobéissance civile ;
  • chercher une solution pratique qui évite cette voie conflictuelle et hasardeuse.
    Notre proposition de reconnaissance civile du mariage religieux s’inscrit dans la seconde perspective.
2/ La reconnaissance civile du mariage religieux respecte la laïcité

Dans les pays qui la pratiquent (on en a identifié une dizaine en Europe, à population majoritairement catholique ou protestante), la reconnaissance civile du mariage religieux revêt des modalités variables. Mais toutes ont deux points communs :
  • le caractère facultatif de l’option : pour les époux qui le souhaitent et pour eux seulement, la célébration du mariage civil peut être regroupée avec celle du mariage religieux et se faire sur le lieu de culte ;
  • l’indépendance juridique des deux actes de mariage : aucun n’absorbe l’autre mais chacun d’eux demeure régi par ses normes propres et produit ses effets propres, le mariage civil au plan civil (y compris la faculté de divorcer), le mariage religieux au plan religieux ; à telle enseigne que dans certains pays (l’Italie par exemple), le prêtre qui célèbre à l’église doit lire aux futurs époux les articles du code civil relatifs au mariage comme cela se fait à la mairie.
La transposition de tels mécanismes en France ne présente aucune difficulté technique dès lors que les précautions administratives adéquates sont prises :
  • une déclaration préalable aux autorités civiles habituelles à qui reviendraient, comme aujourd’hui, de vérifier la capacité des futurs époux et la régularité du mariage envisagé au regard du droit civil ;
  • une attestation qu’il n’y a pas d’empêchement, à transmettre par l’autorité administrative à l’autorité religieuse chargée de la célébration ;
  • la transcription ultérieure du mariage religieux sur les registres d’état-civil, ou la signature de ces registres lors de la cérémonie religieuse, le cas échéant en présence d’un représentant du maire.
La réponse à la question posée est claire : cela fonctionne, et fonctionne sans empiètement de l’État sur les cultes, ni empiètement des cultes sur l’État. Il n’y a pas absorption d’un droit par l’autre, mais seulement regroupement de deux cérémonies en une seule.

Ce qui est vrai en revanche, c’est que l’arrangement de procédure règle le problème : l’Église continuerait de s’abstenir de « marier » des personnes de même sexe, préservant ainsi la vérité des mariages qu’elle célèbrerait, et épargnerait aux catholiques d’avoir à se confronter au dilemme évoqué précédemment.


III- LES ASPECTS POLITIQUES ET TACTIQUES

1/ L’objectif est d’éviter le désordre public

Le premier objectif poursuivi par la demande de reconnaissance civile du mariage religieux concerne la communauté chrétienne, et plus précisément son unité : il est indispensable de tout faire pour que les chrétiens qui prennent le mariage religieux au sérieux ne soient pas acculés au dilemme de la désobéissance civile.

Il est certain que la communauté se diviserait sur la participation ou non à un mariage civil qui aurait été dénaturé, sans que quiconque soit en droit de blâmer ceux qui estimeraient en leur âme et conscience ne pas pouvoir cautionner sa dénaturation ; et qu’alors surgiraient de vrais risques de désordre, qui seraient probablement qualifiés de sectaires par l’autorité publique pour être combattus.

À moins qu’on ne se résigne d’avance à de nouvelles divisions internes et à d’inutiles lamentations sur les dérives de notre temps, si les pouvoirs publics persistent dans leur intention de créer un CUC célébré comme un mariage, le seul moyen pratique de contourner la difficulté consiste donc à obtenir que les chrétiens puissent célébrer leur mariage dans une cérémonie dénuée de toute ambiguïté mais qui ne les détourne pas d’un mariage civil indispensable.

Se plaindrait-on qu’ils désertent ensuite les mairies ? Mais à qui s’en prendre sinon à ceux qui veulent faire entrer en mairie des unions qui n’y ont pas leur place et à les faire cautionner par tous les participants, volontaires ou contraints, à de telles cérémonies ?

Le cas des musulmans exige davantage d’attention.

Soit il existe chez eux un formalisme spécifique qui accompagne la « cérémonie religieuse », et on ne voit pas pourquoi on les priverait de cette reconnaissance pourvu que soient prises les mêmes précautions de procédure civile ; soit ce n’est pas le cas, et la reconnaissance ne pourra pas fonctionner à leur endroit. En d’autres termes, le droit civil n’étant pas « absorbé » par le droit religieux et la procédure civile demeurant sauve, si le mariage envisagé par deux personnes de religion musulmane n’est pas conforme au droit civil français, et si l’attestation préalable de capacité et de non-empêchement n’est pas délivrée par l’autorité administrative, il ne pourra pas être célébré légalement par le ministre du culte concerné. Ce qui est déjà le cas, on doit le souligner.

Autre est la question des musulmans qui, dès à présent, se mettent en marge du droit civil français. Mais dès lors qu’un mécanisme de reconnaissance aura été institué, assorti des précautions procédurales que l’on a décrites, la mise en marge deviendra beaucoup plus difficile à justifier de leur part, et plus facile à combattre ; ne serait-ce qu’en ayant ainsi renforcé la main des autorités religieuses musulmanes soucieuses d’intégration dans la société française.

2/ Prendre l’initiative

La demande de reconnaissance civile du mariage religieux poursuit un second objectif qui est d’ordre politique : il s’agit de « faire bouger les lignes » pour retrouver une marge de manœuvre, tout en protégeant la vérité ontologique que nous voulons défendre. Or sur ce plan, elle revêt un sens et une force (notamment dissuasive) très grands.

En effet, elle permet de prendre le législateur à contrepied et de le mettre en face de ses contradictions : s’il entre dans la voie de la dénaturation pour satisfaire la revendication d’une communauté, la communauté homosexuelle (à supposer qu’elle existe vraiment, mais c’est l’hypothèse nécessaire au projet), comment justifiera-t-il le rejet d’une demande symétrique de la part de l’Église, sauf à avouer qu’il procède à une discrimination à son encontre.

Elle comporte en effet une espèce d’évidence politique, y compris en termes de communication, qui la rend impossible à contrer de la part de ceux qui s’attaquent au mariage. Pour s’y opposer en effet, il leur faudrait argumenter sur le fond de ce qu’il est, et logiquement abandonner l’idée de le dénaturer.

Enfin, elle présente un avantage tactique non négligeable, celui de l’initiative. Au lieu de se tenir sur la défensive (les combats strictement défensifs finissent toujours par être perdus), l’Église de France obligerait les pouvoirs publics à se battre sur deux fronts : avec le résultat probable, si l’offensive est conduite avec assez de force et de conviction, que ceux-ci préfèreront écarter les deux demandes, celle des homosexuels et la sienne, et donc maintenir le statu quo, de peur de déstabiliser les compromis qui régissent les rapports entre l’Église et l’État. Ce qui nous suffira bien…

Compte tenu de l’influence que détient encore l’Église de France, notamment sur cette question, ce n’est pas un combat perdu d’avance, loin s’en faut ; pourvu qu’elle accepte de rompre avec la culture de consensus et de demi-mesure qui prévaut trop souvent aujourd’hui sur les questions morales conflictuelles.




Pour en savoir plus :
■ Note bleue Face au CUC, la reconnaissance civile du mariage religieux

Commentaires

Félicitations pour le travail de fond entrepris. Le résultat provisoire est de très grande qualité. Merci infiniment.

Ecrit par : FARCE | 11 avril 2008

Merci à F. de Lacoste-Lareymondie d'avoir précisé la proposition de reconnaissance civile du mariage religieux.
Toutefois, je n'arrive toujours pas à être convaincu...Je serais même encore plus hostile !

1° Je continue de penser que cette proposition est prématurée et inopportune.

Pourquoi les catholiques devraient-ils anticiper sur l'introduction éventuelle dans notre droit d'un contrat d'union civile, vrai faux mariage ouvert aux tandems homosexuels, en affichant d'ores et déjà une position de repli ? N'est-ce pas admettre avant l'heure le fait accompli ? Cela ne présenterait-il pas l'inconvénient de démarquer les catholiques et de les isoler des Français non catholiques désireux tout comme eux de défendre le mariage civil ? De surcroît, est-ce que les catholiques sont si nombreux que cela pour vouloir se compter sur une telle proposition qui ne fera même pas l'unanimité parmi eux ? En d'autres termes, je ne suis pas partisan de ce qui se présente en réalité comme une défense confessionnelle du mariage. Et cela d'autant plus que, comme F. de Lacoste-Lareymondie le souligne fort bien, le mariage est une réalité anthropologique avant d'être un sacrement. Il faut au contraire tout entreprendre pour défendre le mariage civil. En dépit de son affaiblissement, il participe du "socle commun" de notre société politique. C'est ce socle que les catholiques doivent préserver en priorité. Même s'ils sont les seuls à y veiller résolument.

2° N'avons-nous le choix qu'entre la désobéissance civile et la reconnaissance civile du mariage religieux ?

Je ne comprends pas cette alternative.
Je ne vois pas pourquoi les catholiques devraient déserter les mairies et les abandonner le samedi aux "tandems" homos venus conclure un CUC, à supposer que le CUC soit voté et que le CUC puisse être passé en mairie. Serait-ce vraiment un progrès dans la clarté de nos lois que de voir un acte de droit civil signé en catimini, quasi honteusement, dans une église ou dans une mosquée en marge d'une cérémonie religieuse ? A la confusion des genres (sexuels) s'ajouterait la confusion des genres (civil et religieux). On aboutirait à une régression dans la compréhension, non seulement par les musulmans, mais aussi par les catholiques eux-mêmes, de ce qu'est notre laïcité publique. Et alors que la frange la plus traditionnelle du catholicisme français a déjà des difficultés sur ce plan, compte tenu du passé anti-catholique de la laïcité de combat résumé par le Président Sarkozy dans son discours du Latran...
Je n'ai pour ma part aucunement l'intention de déserter la laïcité pour la laisser sans défense aux mains des laïcistes et des libertaires. Et je crois que les catholiques doivent résolument se situer au coeur de la République, avec les autres Français partageant la même conception de la laïcité, sans céder à la tentation de se replier entre eux dans leurs églises.

Enfin, la désobéissance civile ou plutôt l'objection de conscience aura lieu de toute façon si le CUC est voté : elle consistera notamment pour les officiers d'état-civil hostiles à la dénaturation du mariage résultant d'une législation sur le CUC, à refuser d'en célébrer en mairie. Mais le vote du CUC n'interdirait pas de célébrer de vrais mariages en mairie devant ces officiers d'état-civil "objecteurs" dont il faudra alors au contraire soutenir la résistance républicaine.

3° F. de Lacoste-Lareymondie semble sous-estimer le risque de dérapage, du côté des musulmans.

Croit-on vraiment que les musulmans se satisferont d'une reconnaissance civile du mariage simultanée au mariage religieux, qui n'est qu'une demi-mesure, alors que dans d'autres pays occidentaux (Canada, Royaume-Uni) c'est en fait l'application de la charia et la juridiction des tribunaux islamiques sur le statut personnel qu'ils revendiquent ? Récemment, un archevêque anglican a même fait scandale en Angleterre en affirmant que l'application de la sharia y était inéluctable...Il faut tout faire pour éviter d'en arriver là.
Je ne suis donc pas du tout partisan que les catholiques se fassent les collaborateurs bien naïfs d'une telle entreprise ...

En conclusion, F. de Lacoste-Lareymondie préconise de prendre l'initiative. Fort bien. Mais pas d'une initiative qui me semblerait amplifier la catastrophe du CUC : plutôt d'une initiative visant à rallier le maximum de Français, catholiques ou non, au soutien du mariage civil.

J'en arrive à me demander si la finalité subtile de la proposition de la Fondation de service politique n'est pas en fait de pur exorcisme : montrer aux partisans du CUC qu'ils vont provoquer une résurgence de communautarisme en France, chacun repliant "son mariage" dans son lieu de culte..!

Philippe Pouzoulet
Fraternité Edmond Michelet
Bordeaux

Ecrit par : pouzoulet | 11 avril 2008

Cher Monsieur,
Je comprend le sens de vos efforts, mais je crains le pire.
Le Code Pénal reconnait déjà ainsi le mariage religieux et il en interdit l'exercice préalable. Depuis toujours je pense qu'il s'agit là réellement d'un combat politique. De quel droit l'Etat peut imposer la date et l'heure d'un sacrement ? De quel droit donne t-il une prééminence à un contrat civil (laissons de côté l'aspect institution dans laquelle notre société ne croit plus puisqu'elle a depuis longtemps entériné le divorce, le libertinage, etc.) ? Nous serions donc encore dans un Etat non séparé de l'Eglise !
Rendons à César ce qui est à César, mais d'abord à Dieu ce qui est à Dieu. Dieu premier servi!
Le mot mariage doit être défendu becs et ongles.
Si nous voulons tactiquement gagner faisons une bonne campagne de pub et de communication en faveur de la famille, du mariage, de l'équilibre nécessaire pour les enfants, etc. C'est en rappelant les valeurs que nous gagnerons les opinions et que nous permettrons aux générations futures de connaitre le bonheur.
Avec toute mon amitié. Etienne Lelièvre

Ecrit par : Lelièvre Etienne | 12 avril 2008

LE MARIAGE REGLEMENTE PAR L'ETAT EST OBSOLETE
Précisons tout de suite que mon propos est de vouloir supprimer le MARIAGE
CIVIL (et ses déclinaisons modernes dont le PACS) en tant qu'institution
sociale réglementée et privilégiée par l'Etat. Je ne souhaite absolument
pas supprimer le mariage religieux, bien au contraire. Si deux personnes
souhaitent se marier religieusement ou sous la bénédiction d'un quelconque
gourou (sous réserve qu'il le fasse librement), cela ne regarde qu'eux et
leur Dieu.
Seulement voilà, le mariage civil crée des avantages fiscaux et sociaux.
Certains couples d'ailleurs ne vont devant le Maire que pour en bénéficier.
Le problème est que le législateur, ne devant théoriquement faire aucune
distinction (discrimination?) entre les citoyens français, ne devrait pas
avantager telle ou telle forme d'organisation de la vie privée. Est-il
légitime d'ailleurs que L'Etat réglemente la vie privée? Le mariage civil
comme le PACS d'ailleurs, deviennent ainsi critiquables.

A y regarder de près, ce mariage civil n'est qu'un contrat auquel l'Etat a
ajouté un peu de solennité et un air de fête pour lui donner de
l'importance : publication de bans, visite médicale, consentements,
cérémonie (rapide) devant M le Maire, ...
L'Etat a ainsi créé un type de contrat particulier (qui comprend quelques
variantes) avec ses règles spécifiques. Mais pourquoi les couples
(hétérosexuels ou homosexuels) ne pourraient-ils pas être libres
d'organiser leurs vies communes comme ils le désirent? En fait, c'est tout
à fait possible. Ces couples peuvent signer un contrat classique, en lieu
et place du mariage civil. Les règles du Droit Civil peuvent s'appliquer.
Dans cette solution, les règles qui régiront la vie commune émanent des
individus concernés. Ils sont d'ailleurs libres de copier celles
d'organismes dans lesquels ils croient (Eglises, Etat ou communauté) et de
les adapter à leur cas particulier. C'est beaucoup plus souple. Avantage
supplémentaire : les individus sont responsabilisés dans la définition
contractuelle de leur vie commune sans avoir à se tourner, là aussi, vers
l'Etat pour organiser ce qui ne le regarde absolument pas! Et pour la part
d'irrationnel et d'amour qui entoure le mariage, il existe d'autres
solutions que la Mairie.

Historiquement, la création du mariage civil est une réponse de l'Etat
républicain anti-religieux (je voulais dire "laïque", excusez moi). Le
mariage religieux organisait la vie sociale de la société depuis le
moyen-age selon un modèle, des règles morales voulus et acceptés par le
plus grand nombre. Ainsi, pour le mariage catholique, la bigamie est
interdite, divorcer et se remarier est exceptionnel, les relations hors
mariage sont condamnées, l'homme et la femme s'unissent pour la vie, pour
le meilleur et pour le pire, ...
L'Etat républicain, à la création du mariage civil, a repris à son compte
cette institution catholique de façon à perpétuer l'ordre social en le
laïcisant. Mais depuis, autant le mariage religieux a peu évolué et se
réclame toujours des mêmes principes et des mêmes valeurs, autant le
mariage civil a été bouleversé et continuera à l'être d'autant plus que les
nouvelles règles deviennent arbitraires : les "valeurs républicaines" sont
à géométrie variable! Ainsi, il accepte désormais la bigamie (pour le
moment dans certains cas où cette situation matrimoniale a été acquise à
l'étranger) ou l'aménage; il accepte aussi le divorce et le remariage sans
limite de fréquence; il ne sanctionne plus les relations sexuelles hors
mariage; l'homme et la femme s'unissent pour un bout de chemin dans la vie
pour le meilleur seulement; ...

Pour ne pas réformer le mariage civil, le législateur empile les formules
d'association entre deux personnes selon les circonstances et les
revendications du moment : PACS, mariage homosexuel, ...., et demain le
mariage transsexuel? le mariage à durée déterminée avec période d'essai? le
mariage "spécial étudiants"? le Contrat Premier Mariage? puis le Contrat
Nouveau Mariage?
Les enjeux des communautés réclamant "leur droit au mariage" sont simples :
se faire voter par l'Etat ("la grande fabrique de lois" de F Bastiat) les
spécificités fiscales et sociales qu'ils jugent "égalitaires". L'Etat,
enchanté d'apprendre qu'il est si facile d'augmenter législativement la
félicité de son peuple, fait son petit calcul politique puis s'exécute.
Quelle médiocrité!

En conclusion, le mariage civil n'est plus une pierre angulaire de notre
société. Il est même dépassé. La loi se complexifie et les inégalités se
creusent. L'objectif de départ n'est pas atteint. Nul besoin, donc, de
maintenir cette institution spécifique ni de continuer à en créer de
nouvelles.
Pour libéraliser la société, il faut donner la priorité aux mariages
religieux (le vrai mariage, pour des croyants, est resté le mariage
religieux), aux pactes privés et à toute autre association librement
établie entre deux personnes, les gens cherchant de plus en plus les règles
de vie commune les plus souples.

Ecrit par : doucet | 12 avril 2008

Bravo pour votre analyse du mariage dans ses deux dimensions anthropologique et religieuse. Cette initative d'un mariage civil célébré conjointement avec le marige religieux a probablement le mérite de faire peser une menace innaceptable sur les autorités civiles et donc de renforcer le maintien du mariage civile sous son contenu et sa forme actuelle probablement la meilleure solution car elle impose un ordre social qui s'impose à tous les français pour le bien de la société toute entière.

Ecrit par : yann Baggio | 12 avril 2008

La reconnaissance civile du mariage religieux me semble mériter un débat public, ne serait-ce que pour faire apparaître les désirs des citoyens et les rapports de force entre les différentes idéologies impliquées.
On pourra remarquer qu'il s'agit là d'un bouleversement du droit.
En effet, la reconnaissance civile du mariage religieux commence par nécessiter la tolérance du mariage religieux. Or le moins que l'on puisse dire est que le mariage religieux est loin d'être toléré en France. C'est encore aujourd'hui le délit le plus sévèrement réprimé par le code pénal (je parle de ce qu'encourt un prêtre qui aurait l'audace de marier religieusement des personnes qui n'auraient pas préalablement été mariées civilement). Ce délit était encore récemment puni de vingt ans de prison, peine qui a été abaissée à dix ans. Il est clair que légaliser le délit le plus grave décrit par le code pénal ne va absolument pas de soi. Mais, comme chacun sait, la loi n'est que la volonté d'un législateur ancien et non celle du peuple d'aujourd'hui, si bien qu'il est possible que les choses changent, à condition qu'il y ait une mobilisation de l'opinion publique.
Ensuite, on pourra également remarquer que la tolérance du mariage religieux préalable n'a aucune raison d'entraîner sa reconnaissance civile. En effet, on peut justifier politiquement la tolérance du mariage religieux par les principes de la laïcité, c'est-à-dire la séparation de l'État et des cérémonies religieuses.
Pour que le mariage religieux soit reconnu civilement, il faudra en plus qu'il y ait un mouvement de désacralisation de l'État, qui conduise l'État à renoncer à sa mission de conduire les cérémonies.

Ecrit par : Stéphane Lallement | 12 avril 2008

Mais est-il seulement question de suppression du mariage civil ?
Je ne comprends pas pourquoi vouloir rechercher une reconnaissance civile du mariage religieux, si l'on continue de célébrer en mairie et préalablement à tout mariage religieux un mariage civil !
Il me semble que c'est un terrain dangereux sur lequel on s'engagerait -
le CUC envisagé par le gouvernement n'est premièrement non encore voté (il faut se battre avec tous les moyens avant qu'il ne le soit) et ne remplacerait pas le mariage civil - à mon humble avis, ou est-ce le contraire ?

Ecrit par : yL | 12 avril 2008

Je vous remercie pour votre exposé qui suscite une vraie réflexion et appelle à des remarques :
1. Le contexte : je crois qu'il faut partir de la reconnaissance en mairie d'unions civiles pour des couples de même sexe. Comme vous le savez, le code civil ne comporte pas de définition du mariage mais la suppose connue pour spécifier ses propriétés ou effets civils : responsabilité, assistance mutuelle, filiation, contrat sur les biens, modalités de rupture du mariage, etc. A partir du moment où l'Etat se propose d'étendre les mêmes droits et devoirs à des couples tant hétérosexuels qu'homosexuels, droits et devoirs correspondant peu à peu à ceux du mariage civil actuel, c'est une notion du mariage indifférencié que l'on fait passer dans le droit positif, que l'on consacrera de surcroît par une cérémonie en mairie, notion incompatible avec l'institution naturelle du mariage, qui est supposée acceptée par les catholiques qui se marient dans le sacrement. Par conséquent, je soutiens que les catholiques ne pourront plus se marier civilement si le mariage civil contient des propriétés accordées indifféremment à des contrats similaires qui ne s'en éloigneront plus que par les mots et non par le contenu. On arriverait ainsi à une homonymie parfaite en parlant de mariage au plan civil et de mariage selon l'Eglise, puisque la base anthropologique sous-jacente ne serait plus du tout la même. En rigueur de termes, les catholiques qui voudraient se marier tout simplement ne pourraient plus le faire qu'à l'Eglise pour respecter la base anthropologique et naturelle de toute institution matrimoniale positive.

2. Que font des catholiques le jour de leur mariage à l'Eglise ? Eh bien, ils se marient tout simplement, et instituent eux-mêmes une communauté naturelle de vie élevée de par leur baptême et la volonté initiale du Christ à la dignité de sacrement. Mais l'acte qu'ils posent est celui et seulement celui de se marier. C'est pour cela qu'on risque une contradiction insoluble entre démarche civile et démarche religieuse, si le droit civil persiste à détruire le contenu et la notion du mariage naturel. Ce n'est pas pour des raisons "religieuses" qu'ils seraient déchirés, mais pour des raisons anthropologiques, devant accepter l'une derrière l'autre des conceptions incompatibles du mariage humain. On ne peut pas vouloir une chose en mairie et son contraire à l'Eglise sous le même rapport de la définition du mariage humain. Célébration mise à part, le problème resterait le même en cas de reconnaissance civile du mariage religieux : l'Eglise reconnaissant d'une manière ce que l'Etat reconnaitrait d'une manière opposée, ce qui serait une consécration de la fracture civile à l'église, avec en sus la bénédiction de l'Etat. C'est intenable : il faut une conception de mariage pour la société tout entière, et ne pas fuir le combat pour y parvenir.

3. le mariage regarde la société civile et l'Etat, pour protéger les personnes, la dimension sociale de l'être humain, et promouvoir la pérénnité même de la société. C'est à ce titre que le mariage a une dimension vraiment civile. Mais doit-on rappeler d'abord que personne n'est obligé de se marier ? Doit-on confondre l'institution naturelle et l'institution civile du mariage comme l'article ne cesse de le faire (et qui est à mon sens le défaut principal de cet article) ? Doit-on confondre aussi la morale naturelle et l'ordre public qui ne sont pas du tout du même ordre ? Je pose ici la question du fondement de la loi civile qui est de l'ordre de l'accord des esprits quel que soit le contenu pour les uns, et du respect de la nature humaine pour d'autres dont je suis. D'où le fait d'abord que le mariage ne peut être forcé ni contraire à la nature personnelle et sexuelle de l'être humain. Ce qui veut dire par exemple que l'imposition du 433-21 du code pénal revient à imposer le mariage civil à des gens qui font une démarche religieuse que l'Etat ignore par définition...Ce qui veut dire aussi que l'institution et la célébration d'unions indifférenciées au plan sexuel et comportant progressivement les mêmes droits et devoirs que le mariage crée un désordre public au plan de la confusion des sexes et un suicide social au plan de la population. Si l'Etat va jusque là, de quel droit interviendra-t-il de façon discriminatoire à l'encontre de ceux qui par conviction maintiendront ailleurs ce qui permet à une société de se construire selon la nature et de se perpétuer ? Dans le régime actuel, le 433-21 est incohérent. En cas de CUC ou autre forme de contrat indifférencié, il serait intenable. Loin de moi enfin l'idée faire déserter le mariage civil par des catholiques qui se marient à l'Eglise, ce qui serait immoral et dangereux (risques de bigamie de fait) autant qu'associal ; mais ce serait à l'Eglise d'imposer à se fidèles de passer par la mairie en temps normal, et non pas à l'Etat, ce qui reste un abus de position dominante, puisqu'il ne reconnaît pas les cultes et ne peut contraindre quiconque à une démarche civile pour des motifs religieux...

4. La réalité naturelle du mariage n'est pas le mariage civil (de 1792 en passant) ; les finalités naturelles du mariage humain ne sont pas celles du mariage civil ; votre article confond de manière récurrente loi naturelle et loi positive, comment est-ce possible ?

5. La reconnaissance civile du mariage religieux (dont vous évacuez bien les inconvénients en parlant de double loi) n'est à mon sens ni possible ni souhaitable. Jamais les "laïques" n'accepteront que le curé soit officier d'état civil, comme cela se fait au Portugal (ou au consulat du Portugal). Et puis, pourquoi abdiquer de la mission des catholiques - et des laïcs en première ligne à mon sens - en matière de défense de la loi naturelle dans notre pays ? Pourquoi nous concocter une bonne petite solution entre cathos du même monde, alors que les gens attendent des catholiques une parole de vérité dérangeante sur l'homme ? Pourquoi craindre que dans "l'Eglise de France" on manque de courage quand on a soi-même renoncé à lutter à ciel ouvert pour proposer à tout homme une vraie vision de l'homme pour s'enfermer entre cathos dans des solutions qui nous rassurent à l'intérieur de nos murs avec en plus la bénédiction de l'Etat ? Plus que jamais, il nous faut sortir, parce quand nous le faisons, de gens nous écoutent et nous ne perdrons pas notre âme au chaud entre nous, mais continuerons à être "l'âme du monde" (lettre à Diognète). La solution que vous proposez est "politique" au sens pas très courageux du terme, mais en cas de CUC, c'est d'une tout autre parole dont nous avons besoin, y compris pour des politiques qui savent qu'on est en train d'aller trop loin de nos jours, et que cela était prévisible, sur certains points non négociables...

6. En termes d'opportunité enfin, je crois qu'il est préférable de mettre la pression pour obtenir le statu quo, qui est la moins mauvaise solution, ce qui passe par un "deal" entre respect du mariage civil et non création du CUC.

Ecrit par : Christian Charrier | 13 avril 2008

avec les différentes formes d'union civile, on s'achemine vers une disparitionde la famille et l'abandon à "l'Etat" de l'éducation des enfants: voir les essais dans différentes dictatures et dans les kibouts israeliens et les résultats que cela a engendré! seul le mariage tel que le conçoit l'église catholique, est une possibilité pour une société equilibrée et respectueuse de la nature humaine, et même si il n'est pas, du fait de la faiblesse humaine , pratiqué dans toute son exigeance.l'union ététro-sexuelle, et pérenne devrait, pour sa survie, privilégiée légalement et financièrement par l'autorité politique.

Ecrit par : Jacques d'Haussy | 13 avril 2008

Bravo pour votre article sur le mariage.

En ce qui concerne le mariage civil, les époux sont mariés aux yeux des hommes, de la société civile.
Donc, ils ne sont pas mariés aux yeux de Dieu. Le mariage civil, c'est du concubinage officiel.

Pour être marié, il faut passer à l'Eglise et devant le prêtre qui recevra le consentement des époux et les bénira.

Ecrit par : LETISSIER | 14 avril 2008

Quelques précisions de terminologie :
1. Les expressions "mariage civil", "mariage religieux" ou "mariage à l'église" sont courantes et regardent la pratique des gens qui se marient dans le contexte social, juridique et religieux qui est couramment le nôtre. Pourtant, elles sont complexes et ambigües au regard de ce qu'est le mariage; En effet, l'acte de se marier a toujours finalisé (et donc précédé logiquement) le cadre dans lequel les gens sont entrés pour pouvoir produire l'acte de se marier.
Autrement dit, autre est la production du mariage, autre le cadre dans lequel le mariage se produit.

2. Le mariage où qu'il se crée et se célèbre, est l'acte humain naturel par lequel un homme et une femme fondent une communauté perpétuelle de toute la vie pour se soutenir mutuellement et fonder une famille. Cette possibilité de produire cet acte étant fondée sur la nature humaine, il s'en suit que tout mariage est fondamentalement et d'abord naturel, où qu'il soit créé et célébré.

3. Le mariage cependant ne peut pas être créé hors d'un contexte social suffisamment public. Pourquoi ? Parce que la nature humaine est sociale et que l'acte de se marier fonde un nouveau fait social pour les époux et pour les enfants. Il est donc nécessaire que le mariage se dise et se fasse en société, et que la société promeuve et soutienne le mariage, et protège les personnes qui s'y sont engagées. Tout ceci pour se perpétuer elle-même en permettant à l'être humain d'accomplir correctement sa vocation sociale. En effet, on ne peut pas créer du lien social en excluant le social.

4. Quand on étudie l'histoire du mariage et du mariage chrétien, on voit que les rites familiaux (au sens large de la grande famille), amicaux et religieux furent le cadre habituel de la production du mariage naturel, comme un prolongement de la nature sociale des hommes contractant mariage selon tous les aspects de leur sociabilité. Ces rites familiaux furent la seule "forme canonique" des chrétiens pendant des siècles, et se "marier devant Dieu" pour des chrétiens ou bien "s'épouser dans le Seigneur" ne voulait pas dire autre chose que s'épouser entre chrétiens.

5. Ceci m'amène à rappeler que le mariage chrétien est fondamentalement un mariage naturel entre chrétiens, avant toutes les formes canoniques et les lieux de célébrations qui furent institués tardivement. Autrement dit, il y avait belle lurette que le mariage religieux ou sacramentel chrétien existait, avant qu'on parle de mariage à l'Eglise devant un prêtre juridiquement qualifié ou de forme canonique, parce que le mariage chrétien fut dès l'origine un mariage naturel entre chrétiens.

6. Le mariage naturel entre chrétiens devient ipso facto une nouvelle réalité chrétienne pour les chrétiens qui s'épousent selon la nature, de par leur baptême et de par la volonté du Seigneur d'élever le mariage naturel entre chrétiens à la dignité de sacrement, sans instituer aucun rite spécial concernant le mariage des chrétiens. Ainsi, le sacrement ne se conçoit pas comme un rite superposé à la réalité humaine, il est seulement la réalité humaine habitée par la mission et la présence du Seigneur.

7. Il s'ensuit que les propriétés du mariage chrétien - liberté, fidélité, indissolubilité, procréation - sont les propriétés du mariage NATUREL, et de tout mariage humain pleinement valide parce que conforme à la nature, et pour nous à la création. Voilà pourquoi d'ailleurs des non-chrétiens déjà mariés avec une forme publique suffisante n'ont aucun mariage à célébrer s'ils deviennent catholiques par le baptême. Leur mariage naturel reste solide et acquiert la dignité de sacrement au jour de leur baptême et par la force de celui-ci.

8. Pourquoi une forme canonique et l'obligation habituelle pour les chrétiens de passer par le prêtre qualifié pour faire exister leur mariage naturel ? Au départ (16è S) pour éviter la bigamie, les mariages clandestins, les répudiations. On remarquera qu'il s'est agi d'abord pour l'Eglise de protéger la dignité du mariage naturel de ses membres. Mais c'est aussi, et en un deuxième temps, pour favoriser le lien entre acte humain et acte de foi et réception de la grâce dans la production d'un seul acte qui est inséparablement acte humain et sacrement de l'Eglise (à tel point que des baptisés ne peuvent se marier humainement qu'en se donnant en même temps le sacrement). Rappelons enfin que la forme canonique connait des dispenses, et qu'en cas de force majeure (avec dispense de l'évêque), une forme suffisante de célébration - même purement civile - suffit à assurer l'existence humaine et sacramentelle du mariage comme s'il avait été contracté et célébré à l'Eglise.

9. Le mariage civil au regard de l'Eglise :
Dans certains cas rares (dispense par l'évêque de forme canonique), il assure pour des catholiques un cadre suffisant pour se marier valablement, et se donner le sacrement en même temps que le mariage. Je ne dis pas cela par provocation, mais pour rappeler ce qu'est le mariage, et pour donner sa juste valeur à l'institution civile du mariage en France.
Encore une fois, le mariage civil est un cadre juridique et social, il n'est pas l'acte par lequel des époux se marient naturellement, acte qui seul s'appelle mariage de façon appropriée. Les motivations initiales de cette institution furent d'abord laïcistes (arracher l'acte du mariage à son environnement religieux) et aussi permissives (permettre le divorce comme rupture du lien naturel pour en recréer un autre). Si l'Eglise peut accepter de ne pas gérer la création des mariages dans des circonstances graves et des cas limités, elle ne peut pas changer de position sur le caractère indissoluble de tout vrai mariage naturel. Voilà pourquoi elle ne reconnaît pas comme cadre juridique valide la célébration civile du mariage naturel pour ses fidèles. Autrement dit, sauf dispense, les catholiques qui se sont mariés seulement à la mairie ne sont pas du tout mariés ni au plan naturel, ni au plan sacramentel.

Cependant, il faut faire très attention à ne pas dire n'importe quoi sur le mariage civil :
- Il constitue d'abord un cadre suffisant pour des non baptisés pour contracter valablement mariage. Or, nous sommes dans une société où il n'y a pas que des cathos, et notre regard catholique nous conduit par ailleurs à reconnaitre comme valables et en foi et en raison les bonnes réalités qu'ils vivent, par exemple le mariage qu'il contractent.

- ensuite, pour des catholiques, en dehors de la dispense de forme canonique, on rappelle qu'ils font partie de la société, et acceptent les lois justes (et imparfaites) qui assurent la protection des personnes et des biens, et promeuvent (vraiment imparfaitement de nos jours) la perpétuation et l'éducation des hommes. Ce qu'on appelle le mariage civil peut et doit permettre à des catholiques de se rappeler qu'on ne peut pas faire n'importe quoi pour se marier (bigamie) ni dans son mariage (maltraitance, spoliations, répudiations, etc...). En ce sens, même si la réception des consentements par le maire n'est pas pour des catholiques un cadre recevable pour contracter mariage, elle est tout de même un cadre nécessaire pour l'acceptation des propriétés, droits et devoirs humains et sociaux relatifs à l'état de mariage. Et de cela, l'Etat a parfaitement le droit de s'occuper, il en a même le devoir.

- enfin, et j'en terminerai par là, l'existence du mariage civil en France est, sur notre terre, le moyen privilégié de partager avec d'autres hommes des idées communes sur le mariage naturel, et de faire pression sur l'Etat pour qu'il ne fasse pas entrer des "unions alternatives" dand le cadre du mariage civil. C'est à ce titre et pour ces raisons, que je suis, en tant que catholique, un ardent défenseur du "mariage civil" en France : puisqu'en effet, il ne faut pas rêver à la dissolution de la laïcité à la française, mais qu'on peut l'utiliser pour faire passer des idées justes sur l'homme au plan de la raison par une sorte d'entrisme intelligent, je ne crois pas que les catholiques aient à rêver, à pleurer ou à s'enfermer entre eux, mais à partager le combat pour l'homme avec tout homme de bonne volonté et intellectuellement d'aplomb.

Ecrit par : Christian Charrier | 14 avril 2008

Bravo et merci pour votre analyse!
Je ne souhaite pas réellement commenter cet article, mais simplement donner un témoignage.
Notre fils, vivant au LIBAN (professeur d'Histoire à l'Université St-Joseph), y a rencontré celle qui allait devenir notre bru.
Comme il était alors encore domicilié chez nous, nous avons demandé à notre mairie les formalités à accomplir en vue de son mariage, au Liban*, avec une libanaise. Réponse, après moult tergiversation: "Il faut un mariage civil préalable, ici".
Donc - comme, pour nous et pour la belle-famille, le mariage Chrétien est transcendant et donc bien plus important que le mariage civil (nos enfants et petits-enfants ne bénéficiant en outre pas des bénéfices sociaux français - non plus que libanais d'ailleurs, puisqu'il n'y en a pas!...) - nous fêtons religieusement leurs fiançailles au Liban, et décidons tous ensemble que notre future bru et sa mère viendraient en France pendant les vacances d'été, pour la formalité du mariage civil français, mais que le mariage ne serait consommé qu'après la célébration religieuse au Liban.
Billets d'avion achetés, organisation de la vie de la (nombreuse!) famille et de la (vaste!) maison en l'absence de la mère de famille... qui quittait le pays, si loin et si longtemps, pour la première fois de sa vie!...
Nous accompagnons notre future bru et sa mère à l'Ambassade-Consulat de France à Beyrouth (si, si: l'ambassade ET le consulat sont dans la même enceinte, ce qui valait aux ressortissants français voulant se rendre à l'ambassade de France d'être fouillés au corps par des soldats (?) des policiers (?) non, plutôt des miliciens, car sans uniformes, mais avec des armes; à l'époque: libanais? syriens?... en tous cas ne parlant pas un mot de français! Bref...) pour l'établissement de leurs visas.
Là non plus, par téléphone ou sur place, personne n'est capable de nous indiquer précisément et clairement les démarches à suivre en vue de ce mariage...
Heureusement, en sortant du consulat (tout contents d'avoir ENFIN obtenu les fameux visas, le matin même du départ, après nombre d'allers et retours, de protestations, d'énoncés d'articles de Loi française, de cris, de billets glissés dans les passeports, et enfin d'occupation du consulat par des français - aïe! - mauvaise note pour les employés libanais payés par NOS impôts: leur chef français les oblige à rendre les billets!...), nous sommes rattrapés dans le parc de l'ambassade-consulat par un jeune français - qui travaille à l'ambassade, et s'étonne de voir des français sortir du consulat...
Nous lui expliquons la situation et il s'exclame: " Mon Dieu, non! Ne vous mariez SURTOUT PAS A LA MAIRIE, en France, AVANT VOTRE MARIAGE RELIGIEUX au Liban: si vous le faites, vous ne trouverez plus aucune autorité libanaise acceptant de célébrer le mariage... La seule solution: mariez-vos religieusement ici au Liban, puis revenez faire valider ce mariage à l'ambassade; étant dans la même situation que vous, j'ai failli commettre la même erreur, et un collègue m'a prévenu... Mais ne me demandez surtout pas pourquoi personne ne le sait ni ne le dit officiellement!..."
Et, effectivement, notre fils Benoît a épousé Hanane à Notre-Dame du Liban (Harissa) le 5 septembre 2004; et, au bout d'un an environ, leur mariage a été validé officiellement par l'ambassade de France au Liban... Nous sommes les heureux grands-parents d'un petit Yves, né le 1er octobre dernier - et qui, comme son père, ne sera jamais (sauf changement de loi!) libanais, ce qui les oblige à payer chaque année un permis de séjour, alors que sa mère sera libano-française le 5 septembre de cette année!...
Autres lieux, autres moeurs...
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* Il n'y a PAS de mariage civil au Liban...

Ecrit par : Yvette-Alice Mailliet le Penven de Pluzunet | 16 avril 2008

Je viens de lire votre analyse du mariage et votre proposition de reconnaissance civile du mariage religieux. Ceci me semble la bonne réponse aux questions angoissées que se posent bien des Français, non pas seulement des catholiques, sur le devenir du mariage civil si galvaudé aujourd'hui que beaucoup de gens ne croient plus en sa pertinence et s'en tiennent au PACS ou au concubinage. Cette reconnaissance correspondrait à une application concrète du principe de laïcité bien compris, c'est-à-dire respect et tolérance de toutes les convictions religieuses dès lors qu'elles ne portent pas atteinte au bon ordre de la société civile. Ce serait aussi un grand progrès pour notre pays, montrant que l'archaïque conception de la laïcité comme laïcisme intolérant et discriminatoire (il suffit de relire à ce propos les commentaires de Waldeck-Rousseau sur la loi de 1901) appartient au passé révolu !

Ecrit par : Claudia Garderet | 27 avril 2008

Merci pour cet article.
J'avoue ne pas avoir bien compris si votre proposition vise à se passer réellement du mariage civil, ou simplement de sa cérémonie (j'opte pour cette deuxième option).
Permettez-moi de vous alerter sur le dilemne auquel sont aujourd'hui confrontés les jeunes hommes catholiques désireux de se marier : leur mariage risque à 50% de se terminer par un divorce, et dans ce cas ils perdront dans 95% des cas la garde de leurs enfants, confiée à la mère même si le jugement la reconnaît responsable de tous les torts. Et aucun secours à espérer dans un refus du divorce : dès l'audience de non conciliation la garde des enfants est organisée, ce qui revient à une répudation de fait.
Dans ces conditions, un jeune homme catholique peut-il se présenter devant l'officier civil pour venir se faire passer la corde autour du cou ?
Non vraiment, il faut lui laisser la possibilité de se marier à l'église avec tout le sens du mariage religieux (insuffisament rappelé d'ailleurs), sans passer par le piège du mariage civil.

Ecrit par : jacolin | 30 avril 2008

Merci à Christian Charrier de son commentaire très complet.Je souscris complètement à sa conclusion, c'est à dire qu'en tant que catholique j'estime plus apporter à la société en défendant le mariage civil qu'en prônant la reconnaissance civile du mariage religieux, cette dernière option étant pour moi une confusion des genres.

Ecrit par : Sabine de Mianville | 10 mai 2008

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