20 mars 2008

Après les municipales, mobilisons-nous ! par Thierry Boutet*

2025926691.jpg Les résultats du second tour des élections municipales sont à peu près conformes aux prévisions (cf. dans cette édition l’analyse de Roland Hureaux) : la gauche retrouve les villes perdues en 2001, la droite patine. Les Français s’impatientent. Dans quelle voie le gouvernement agira-t-il ? De grands chantiers attendent les catholiques.


UN AVERTISSEMENT a été envoyé par la majorité des Français à Nicolas Sarkozy, passé selon le journal Le Monde du statut de « candidat convainquant » au statut de « président déroutant ». Pour autant, les électeurs ne remettent pas en cause les raisons pour lesquelles ils ont voté en sa faveur. Ils attendent que le chef de l’État et son gouvernement réforment et, impatients, trouvent que les résultats tardent à venir. Mais ont-ils un autre choix ?

Le Parti socialiste bénéficie du rejet de Nicolas Sarkozy, mais il n’a pas de projet. Les électeurs ne sont pas dupes de la démagogie de François Hollande et la posture de Ségolène Royale les lasse. François Bayrou a tenu le cap obstiné jusqu’au bout de sa logique, mais le chemin s’arrête à Pau, en impasse.

Les résultats démontrent surtout, une fois de plus, que la droite élue sur le changement et les réformes ne sait pas transformer sa victoire. La France aura-t-elle les réformes dont elle a besoin ? En partie sans doute, mais à quel prix ? Les paramètres internationaux ne sont pas à négliger. Si la croissance mondiale s’enraye, le programme de réformes de Nicolas Sarkozy deviendra totalement impossible à appliquer.

Dans ce contexte, quel est le rôle des chrétiens ?

Dans de nombreuses municipalités, les chrétiens ont arbitré les résultats. Un grand nombre d’élus locaux sont catholiques, et les chrétiens sont présents à l’Assemblée. Si notre poids dans la vie politique peut être parfois déterminant quantitativement, il l’est plus encore qualitativement. Par la force de propositions que nous représentons et par la capacité que nous avons de sortir de la pensée commune et du politiquement correct, nous pouvons faire bouger les lignes. Sur quelques points essentiels nous pouvons agir.

En premier lieu, l’éducation
. La question de la laïcité fait couler beaucoup d’encre. Nicolas Sarkozy a brisé un certain nombre de tabous. Mais au-delà des polémiques idéologiques, quelle est la réalité ? Dans nos établissements scolaires, catholiques ou non, la liberté de conscience est-elle véritablement respectée ? Les témoignages que nous recevons chaque jour témoignent que non. Les préjugés, des formes insidieuses de persécutions religieuses sont beaucoup plus fréquentes que certains ne l’imaginent. L’Église et les pouvoirs publics doivent être alertés. Nous ne laisserons pas nos enfants être victimes des trop nombreux petits-pères-Combes qui sévissent dans nos établissements scolaires. Nous allons poursuivre notre action à travers la pétition qui rencontre un grand succès. Des initiatives pratiques sont à l’étude pour protéger la liberté religieuse à l’école.

En second lieu, la famille
. Le gouvernement concocte, sous la pression du lobby gay, un « statut du beau-parent » qui risque, avec les amendements que le Parlement ne manquera pas de proposer, d’être la porte ouverte à l’adoption d’enfants par des couples homosexuels. Nous veillerons à ce que les intérêts des enfants ne soient pas menacés par l’égoïsme des adultes.
Derrière, se profile la question du mariage. Le CUC évoluera t-il vers le mariage civil de couples homosexuels au même titre que celui des hétérosexuel ? Dans la mesure où le mariage est une institution qui structure la société, nous continuerons nos actions pour alerter l’opinion et les responsables politiques.

En troisième lieu,
la révision des lois de bioéthique. Les grandes manœuvres ont commencé. Le refus de conférer un statut à l’embryon permet toutes les dérives. Nous travaillons pour le moment à un document de synthèse qui sera publié prochainement sous forme d’un grand dossier dans notre revue Liberté politique. Nous préparons aussi des argumentaires que nous diffuserons, le moment venu, sous forme notamment de Notes bleues de la Fondation de Service politique. En ce qui concerne l’euthanasie, la loi Léonetti est menacée. Sans être parfaite, elle permet au corps médical d’apporter une réponse adaptée au cas de grande détresse sans tomber dans le suicide médicalement assisté. Le gouvernement jusqu’ici a fait front. Nous continuerons, sur ce point, de le soutenir (cf. dans cette édition la note de Pierre-Olivier Arduin).

En quatrième lieu, l’encyclique sociale.
Le second document majeur du magistère de Benoît XVI devrait paraître au printemps ou à la rentrée prochaine. Des difficultés de traduction expliquent le retard. Avec nos amis de l’association des économistes catholiques nous proposerons un travail d’analyse et de réflexion approfondie à son sujet. L’encyclique évoquera, en particulier, les questions d’environnement et de mondialisation, deux thèmes sur lesquels nous assurons une veille de ce qui se dit et fait dans l’Église.

Enfin il y a l’Europe
. En août, la France présidera l’Union européenne. Nous souhaitons notamment qu’elle mette parmi ses priorités l’application de la convention de Varsovie sur la traite des femmes. En septembre, se sera le début de la pré-campagne pour les prochaines élections européennes. L’Europe constitue pour nous un chantier majeur. La pétition que nous avions lancée avec nos partenaires en faveur de la mention des racines chrétiennes dans le préambule du traité constitutionnel avait recueilli un million de signatures : du jamais vu en Europe ! Nous continuerons de suivre l’actualité européenne et d’intervenir à Paris comme à Bruxelles lorsque ce sera possible et opportun.

Beaucoup de travail nous attend et de nombreux chantiers sont en cours. Nous travaillons à la refonte du site Internet de la Fondation et comme vous avez pu le constater, de nouveaux collaborateurs nous ont rejoints. À travers notre lettre hebdomadaire Décryptage et notre site que vous êtes de plus en plus nombreux à consulter régulièrement, nous allons amplifier, avec votre soutien, notre action culturelle et politique au service du bien commun et de la mobilisation de la conscience chrétienne, sans esprit partisan, éclairés par l’enseignement de l’Église et de Benoît XVI.

Dans la communion de l’Église et dans la joie de Pâques, soyez assuré de la fidélité de tous les animateurs de la Fondation de Service politique à l’immense espérance que nous portons ensemble.


* Thierry Boutet est porte-parole de la Fondation de servicde politique, directeur du comité éditorial de Liberté politique.

Commentaires

Bravo pour votre travail de fond. Les chrétiens ont tant à donner.

N'étant abonné à aucun quotidien du jour, je consulte également de moins en moins les site internet des quotidiens parce que l'information événementielle au jour le jour ne permet pas l'analyse que seul le recul peut donner.

un bon journal hebdomadaire comme valeurs actuelles et votre site suffise à me tenir au courant des affaires du monde de manière non superficielle.

Bonne continuation.

Ecrit par : santoni patrick | 20 mars 2008

A la fin de l'avant dernier dernier paragraphe de votre analyse vous écrivez:< éclairés par l'enseignement de l'Eglise et de Benoît XVI........>. Pourquoi ne pas avoir écrit : ? L'Eglise à laquelle vous faites référence ne serait-elle que celle qui existe depuis le concile comme votre raccourci semblerait l'indiquer.
Merci de votre réponse

Ecrit par : champoiseau | 21 mars 2008

Un morceau de phrase a disparu lors de l'envoi de mon commentaire précédent.
J'ai écrit: " Pourquoi ne pas avoir écrit :< .......de l'Eglise et des PAPES........ >?
Merci de corriger si cela vous est possible

Ecrit par : champoiseau | 21 mars 2008

Si le constat postélectoral que vous faites est à peu près juste, les réponses que vous lui apportez sont navrantes de conservatisme et d'irréalisme. Vous évoquez par exemple le père Combes. C'était un extrémiste sectaire, c'est vrai, mais qui a été, à l'époque, le porte parole suivi de toux ceux qui en avaient assez de voir l'Église s'imposer dans les consciences et la société là où elle n'avait rien à faire, et souvent d'une façon non chrétienne. J'ai dans ma bibliothèque la collection complète et reliée par mon grand-père paternel du magazine Le Pélerin entre les années 1889 et 1935. Quel désastre: antisémitisme injurieux, intolérance pour tous ceux qui sont hors de l'église, haine du boche... même des gens comme Zola ou Jaurès, des humanistes incontestables, respectueux de ces valeurs éthiques que nul ne conteste plus aujourd'hui, y sont vilipendés, trainés dans la boue.
Tant que les chrétiens ne seront pas exemplaires, ils n'auront pas de leçons" chrétiennes" à donner aux autres. Qu'il faille défendre nos convictions: d'accord, mais pas avec n'importe quels arguments. Quand je vois le train de vie de l'archevêché de Paris, et les mises en scène "princières" de beaucoup de nos liturgies, je me dis que nous avons beaucoup de chemin à faire pour être convainquant, et que Saint François d'Assise doit faire pleurer dans les chaumières beaucoup plus que rue Barbet de Jouy!
Il y a beaucoup trop de pauvres en dehors de notre église et pas assez dedans.
Le jour où vos éditoriaux seront faits par les responsables de ATD Quart Monde, Emmaüs, ou Habitat et humanisme, je pense que ce sera le signe que vous comprenez mieux le monde tel qu'il est, et notre mission dans ce monde d'aujourd'hui si misérable.
La lecture de cet éditorial me rend très pessimiste sur la capacité des chrétiens nantis à être performants pour rechristianiser, ou plutôt, apporter la bonne nouvelle à nos frères les plus pauvres, les plus persécutés, qui représentent l'essentiel de notre humanité et ceux qui devraient être notre préoccupation centrale. Notre église dans ses actions caritatives, éthiques n'est que l'un des très nombreux acteurs qui s'engagent au service des autres, et elle ne brille pas spécialement.
Le reportage sur les coulisses des fêtes de Pâques et de Noël au Vatican, vu cette semaine sur ARTE, m'ont remplis de honte...la vente des bénédictions à 20, 30, 50 €, le côté Châtelet de la préparation des cérémonies comme au théâtre, le raffinement des vêtements de tous ces Monsignori, qui parlent de leur religion comme d'une activité, un business organisé, et sujet à toutes ces règles matérielles, tous çà me navre et m'inquiète. On aura beau avoir raison au plan des idées, tant que les "princes" qui gouvernent l'église catholique ne comprendront pas qu'il sont au service des autres et pas le contraire, je vois mal comment notre église peut reprendre la main.
La démolition de milliers d'églises est envisagée dans les années qui viennent en France. Elles sont inutilisées, abandonnées, devenues sans objet. Je pense que c'est un bon révélateur de l' "efficacité" sociale de notre église. Et combien d'autres milliers d'églises, vides l'essentiel du temps, sont entretenues simplement parce que c'est l'habitude, et que les gens acceptent de considérer que c'est un patrimoine à maintenir...patrimoine artistique, monumental, peut-être mais où sont le Christ et notre religion là-dedans ?
Dans notre vision de la vie chrétienne, il y a encore beaucoup trop de recettes politico-historiques qui masquent la parole du Christ. Alors de grâce ! Laissez tomber ce style "café du commerce- je sais tout", et parlez-nous des basses réalités qui doivent paver notre chemin derrière le Christ et nous donner des lumières pour le suivre.
Merci d'avance et Joyeuses Pâques !

Ecrit par : Gourguechon | 21 mars 2008

Je réponds à vos propos sur l'Education. Le prix Enseignement et Liberté a été décerné à Elisabeth NUYTS pour son livre "L'Ecole des Illusionnistes", édité par FM Graphic, 439 AV Etienne Frédéric Bouisson - 34130 Mauguio.
l'auteur aborde le sujet de la pédagogie mise en place par l'Observatoire National de la Lecture. Tout l'enseignement dispensé depuis la maternelle, le primaire et encore dans le secondaire privilégie le travail du cerveau droit. A la lecture globale et semi-globale s'est ajouté la lecture silencieuse et rapide dès le cours de préparatoire. Elle empêche systématiquement le travail du cerveau gauche (analyse, temps, logique verbale) pour privilégier la forme, l'analogie, l'intuition. Par de savants tours de passe-passe, tous les apprentissages fondamentaux, lecture, expression écrite, grammaire, raisonnement ont été remaniés: la forme a détrôné le fond, les repères temporels et personnels ont disparu. Dislexie, dysorthographie, dyscalculie, mal-être, mauvaise perception de soi et des autres, absence de repères, violence sont les conséquences de cet enseignement. On crée de toutes pièces un homme nouveau qui est dangereusement dépendant.
Je suis moi-même ancien professeur et traducteur. Je suis atterrée devant cette politique de destruction systématique de la langue française et partant de la civilisation. Je ne puis vous obliger à lire ce livre mais je vous supplie de le faire et d'en parler. "La vérité vous rendra libres" a dit le Seigneur.
Vous savez sans doute que le nouveau secrétaire d'Etat à la Famille est pour le mariage homosexuel et l'adoption par les couples en question.

Ecrit par : Jaisson | 21 mars 2008

Gourguechon, j'avoue ne pas comprendre votre commentaire (incendiaire ?) à l'encontre de l'article de Thierry Boutet. J'ai l'impression d'assister, depuis quelques temps - mais est-ce nouveau ? - à une fracture entre deux tendances de l'Eglise : celle qui pense que la mission du chrétien est uniquement de venir en aide aux pauvres, et l'autre qui ne s'intéresse qu'à la doctrine (pour faire simple). Vos propos confirment ce constat.
D'ailleurs, c'est un débat que l'on retrouve sur de nombreux blogs. Et je suis toujours atterré de lire ce genre de jugement à l'emporte-pièce : "tant que les "princes" qui gouvernent l'église catholique ne comprendront pas qu'il sont au service des autres et pas le contraire, je vois mal comment notre église peut reprendre la main". C'est bien mal connaître les évêques et cardinaux qui se dévouent pour leurs fidèles. Et si des exceptions existent, n'en faisons pas, par pitié, une loi générale.
S'agissant "des éditoriaux faits par les responsables de ATD Quart Monde, Emmaüs, ou Habitat et humanisme", si vous ne pouvez les lire ici, est-ce à dire que Liberté politique ne s'intéresse pas à la chose sociale, à la misère et aux "pauvres" ? L'Eglise se réduit-elle à ces trois mouvements ? La famille, les questions bioéthiques, la dilution des repères dans notre société ne touchent-ils pas "riches" comme "pauvres" ?
Ne tombons pas dans les mains du "Diviseur", et arrêtons de séparer, de catégoriser les actions de l'Eglise. S'il y a plusieurs demeures dans la maison du Père, l'Eglise est une et doit être forte de cette diversité constructive.

Bien à vous dans le Christ,

AP

Ecrit par : Antoine P. | 21 mars 2008

Vous écrivez: "L’Europe constitue pour nous un chantier majeur". Ne soyons pas trop optimistes à propos de l'Europe. Certes, puisque l'UE existe, nous devons continuer à participer à ses travaux, mais sans illusions. Malgré votre pétition relative aux racines chrétiennes, le parlement français a bien autorisé la ratification du traité de Lisbonne, dont la Charte contient des dispositions foncièrement anti-chrétiennes et hostiles à la famille, lorsque l'on prend la peine de l'analyser en détail. En cas de litige la cour de justice de Luxembourg arbitrera systématiquement en faveur des lobbies homosexuels. Des exemples récents le montrent. Quand donc les catholiques comprendront-ils que l'UE est devenue depuis une vingtaine d'années un projet idéologique foncièrement anti-chrétien?
FS

Ecrit par : FS | 22 mars 2008

J'ai lu toute la présentation faite par M. BOUTET des différents problémes majeurs que notre société française sibit de plein fouet et dont elle devrait redresser le cours . Hélas ! ni les critiques, ni les encouragements ne feront pencher le balancier inexorable qui fait qu'actuellement la désinformation, malignement facilitée par le manque de formation intellectuelle er spirituelle des générations 68 et suivantes, accentue encore plus son effondrement vers le bas, vers le dé-cervellement infernale, vers une marche inconsciente vers l'abîme . À moins que ... À moins que Dieu le Père, apitoyé par les prières des hommes et femmes pieux de nos monastères et abbayes, par leurs appels incessants lancés avec la lecture quatidienne et plus : à de multiples heures du jour comme de la nuit, n'intervienne et ne précipite le mouvement inverse en chatiant les mauvais prophètes des puissances du MAL.
Que chaque croyant pense seulement une fois par jour à adresser une supplication dans ce sens à notre Père des Cieux , et je pense que tout ira mieux dans la France Fille Aînée de l' Église, et qui hélas a pour une grande part apostasié, j'espère pour ne plus très longtemps avec l'aide de la Providence .

Ecrit par : Jacques FAURE | 26 mars 2008

Je suis d'accord et je remercie "Liberté politique".

Ecrit par : Jean-Loup Dherse | 27 mars 2008

Je ne comprends pas que l'on puisse parler de "princes de l'Eglise",
voyant comment ces "pauvres prêtres de campagne" n'ont vraiment rien de princier,
ni dans leur mise, leur habitation ou leur train de vie.
Ils sont tout, sauf princes. Plutôt les bonnes à tout faire,
organisation des paroisses, préparation aux sacrements, célébrations journalières des offices,
enterrements, accueil des paroissiens, confessions, questions matérielles,
isolement,
sans parler des questions touchant à leur survie (repas, linge et j'en passe).
Je trouve qu'ils sont plutôt à plaindre et l'on devrait cesser de les accabler, eux qui se donnent et se dévouent entièrement à la seule cause de Dieu et des fidèles.
Soyons un peu miséricordieux, charitables et surtout compréhensifs, en ce dimanche de la Miséricorde divine !

yl

Ecrit par : yl | 29 mars 2008

Une réflexion d'ordre stratégique en démocratie :
Ce n'est pas APRES des élections mais AVANT qu'il faut se mobiliser et faire entendre de la voix.
Avant, les candidats recherchent nos suffrages et c'est donc là qu'il faut négocier notre adhésion ou non. Après, c'est bien souvent trop tard et illusoire...

Ecrit par : cosaque | 12 avril 2008

Je pense être Chrétien, ou du moins comme beaucoup d'entre vous j'essaye de l'être. Je pense aussi faire partie de l'Église invisible et je reste dans l'Église)Institution, y compris au sein de celle qui vous anime ( même si celle là se présente souvent comme un organisme rigide bardé de certitudes et de dogmes d'un autre âge, qu'à un corps vivant complexe mais habité par le Saint Esprit! ).
J'apprécie cependant qu'elle vous fasse réagir aux problèmes et aux difficultés de ce monde mais je crois aussi que , parfois, elle vous fait perdre la tête et vous conduit à oublier l'essentiel du message de Jésus Christ, qui n'est rien d'autre , car c'est un tout et l'essentiel, qu'un message d'Amour.
J'ai beaucoup apprécié la réponse de "Gourguechon" du 21 mars 2008, à votre article....
C'est dire à quel point je crois être plus tolérant que beaucoup de vos "fidèles", effrayés par ce monde et redoutant ses péchés et ses nombreuses infractions à toutes sortes d'interdits édicté par nos prélats et par le Pape, trop souvent réputé infaillible!
J'étais très en colère, et inquiet, suite à la découverte de votre journal électronique, alors que j'effectuais une recherche sur notre évêque Jean Pierre Cattenoz, dans l'espoir de mieux le comprendre et , surtout , de comprendre les raisons de ses incessants cris d'alarmes et de sa perception , apocalyptique , de notre monde moderne.
J'ai donc rédigé, en guise de réaction et au sein d'un texte plus large traitant ,comme vous le faites, de l'Église et de la Politique. Je joins à ce message une partie de ce texte, déjà communiqué , directement , à Mgr Jean-Pierre Cattenoz, à Avignon.
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Comment réagir face à ce qu’ on observe encore aujourd’hui, si près de nous?
Les discours de certains membres de la hiérarchie de l’Église catholique révèlent encore trop souvent, à mon avis, un mélange des genres .
C’est ce qui se produit chaque fois qu’ils usent de façon excessive de leur autorité spirituelle pour s’immiscer dans la vie politique des citoyens, confondant action pastorale et action politique, dans sa forme politicienne...
C’est le cas, par exemple, lorsque certains de nos dignitaires de l’Église s’expriment en donnant leur avis avant tout sous la forme de rappels de points de dogme et d’interdits ou en faisant état de recommandations qui sont en fait des consignes à peine déguisées ?
Ainsi récemment, alors que je recherchais sur le réseau Internet quelques unes des déclarations de notre archevêque d’Avignon, Mgr Jean-Pierre Cattenoz, afin de mieux connaître sa pensée et mieux comprendre les raisons de ses nombreuses mises en garde ( sur l’école, l’euthanasie et divers « choix de société »), j’ai découvert, effaré, le bulletin www.libertépolitique.com. où il s’était exprimé.
J’ai ainsi pris connaissance de sa « lettre ouverte aux candidats », datée du 26 mars 2007, dont je n’avais qu’entendu parler, puis de l’incroyable plaidoyer, particulièrement indigent à mon avis, surtout dans sa forme, de l’historien Jean Chaunu, contre l’Euthanasie ( daté du 16 mai 2008 ).
Tous deux sont bien sûr contre toute légalisation de l’euthanasie ; c’est leur droit et ils ne sont pas les seuls. Mais, fort heureusement, tous les chrétiens qui s’y opposent ne limitent pas leur argumentaire à des considérations d’ordre strictement dogmatique ou à d’effrayantes caricatures apocalyptiques rapprochant tout acte d’euthanasie étiqueté « compassionnel » de la conception « utilitaro-hédoniste » du nazisme, comme nous l’explique Jean Chaunu dans son article !
De toute évidence ce journal électronique, que ni ma paroisse ni mon diocèse ne m’avait signalé, est animé par des chrétiens catholiques souvent étiquetés « traditionalistes », habités par des phobies qui témoignent, à mon avis, de leur manque de foi et de leur impérieux besoin d’être confortés dans leurs inébranlables certitudes par l’ Église-Institution..
Les arguments avancés par Mgr Jean-Pierre.Cattenoz sur le même sujet dans sa « lettre ouverte » me paraissent par contre plus sereins, plus traditionnels et plus convaincants. Ils ne sont pas de nature à heurter quiconque car il est difficile d’imaginer que les chrétiens acceptent de promouvoir sans l’ombre d’une hésitation des lois visant à légaliser l’euthanasie ou l’avortement, c’est à dire autorisant à donner la mort .
Son analyse du problème est simplifiée à l’extrême puisqu’elle peut se résumer en quelques mots du décalogue , « tu ne tueras point ».
Mais pourquoi fait-il lui aussi semblant d’ignorer que les lois de la République et les règles de la Démocratie, dans ces domaines en particulier, n’imposent aucune contrainte et qu’elles ne sont pas destinées à étouffer la conscience des chrétiens ?
Ces lois, qui ne font qu’exprimer les souhaits d’une majorité de citoyens, sont-elles si abominables, alors qu’elles respectent la liberté de conscience et de choix de chacun?
L’ Église catholique comme toutes les églises chrétiennes, et les autres religions, ne devraient-elles pas enfin reconnaître que le spirituel n’est pas synonyme de religieux, qu’il existe un contenu spirituel dans les principes démocratiques et qu’il convient de ne pas le sous-estimer?
Par ailleurs, n’est-il pas inconvenant de négliger le fait que les lois votées dans un cadre démocratique correspondent en général à un progrès et bien souvent à un bien pour le plus grand nombre, ou à défaut à un moindre mal ? Malheureusement je crains qu’un tel espoir ne nous soit pas permis de sitôt.
En effet alors que j’avais presque terminé la rédaction de ce texte je découvre, ce dimanche jour de fête des Saints Pierre et Paul, sur le même site, www.libertépolitique.com , une nouveau cri d’alarme de notre évêque Mgr. Jean-Pierre Cattenoz.
Cette fois, dans sa lettre datée du 27 juin 2008, intitulée « Oui à la vie , une priorité pastorale et politique pour l’Europe », dont le titre dit très clairement les objectifs politiques et religieux de sa déclaration, notre évêque nous fait part de son inquiétude grandissante devant l’évolution de certains chiffres en Europe: un avortement toutes les 27 secondes soit 133 à l’heure, un mariage rompu toute les 30 secondes, 50,5% de naissances hors mariage, etc…
Il y déplore ensuite pêle-mêle : « l’union homme-animal » dans certains travaux de recherche britanniques sur l’embryon, la réflexion en cours sur la loi interdisant le recours aux « mères porteuses », le vote au Conseil de l’Europe d’une résolution intitulée « Accès à un avortement sans risque et légal en Europe », l’éducation sexuelle des jeunes « sous l’estampille de la République », les lourdes pressions que subissent les sénateurs du « lobby » de l’euthanasie et il en arrive à affirmer « qu’une société qui veut éradiquer la souffrance en vient vite à éradiquer les souffrants » ! Et la liste n’est pas close conclut-il…
Il dénonce ensuite les « trois non à la vie qui ont marqué notre histoire depuis quarante ans » : le non à l’encyclique « Humanae vitae » où Paul VI interdisait toute méthode non »naturelle » de contraception, dont la pilule, le « non à la vie » concrétisé par l’adoption des lois autorisant l’avortement, et enfin le dernier « non à la vie » survenant avec les lois sur « la dislocation du mariage et de la famille », permettant en particulier le mariage des homosexuels. Comment un tel ton, un tel langage, même si sur le fond il y a effectivement des sujets d’inquiétude ( soulignés également par les textes des encycliques qu’il cite abondamment ), peut-il toucher en profondeur le cœur de tous ceux qui sont en recherche de réponses qui ne se réduisent pas à une succession d’interdits et à un étalage épouvantable de toutes les calamités qui atteignent l’homme et qui pourraient détruire demain notre civilisation ?
Quel pasteur, quel prêtre, oserait aujourd’hui dire à un couple élevant 4 enfants, voire plus, que recourir à la contraception comme moyen de régulation des naissances et utiliser la pilule pour cela, pourrait signifier qu’un tel amour « excluant l’ouverture à la vie, au don de soi, est contraire à la réalité même de l’amour et porte en lui un germe de mort », comme le déplore notre évêque ?
Qui ignore que 90% des chrétiens ont recours à des méthodes de contraception non naturelles, dont la pilule, malgré les interdits du Vatican et que cela n’est pas condamné pas un très grand nombre de prêtres et d’évêques ?
Comment continuer à trouver normales les prétentions de l’Église, non pas à donner son avis sur tous les problèmes qui concernent l’homme, la révélation, et la foi, mais à se mêler de tout de la manière dont elle le fait et en oubliant que la grande majorité de ceux auxquels elle s’adresse ne partagent ni sa foi ni sa vision du monde et ne comprennent pas la nature des liens qu’elle s’efforce de maintenir entre les choix politiques et la sphère religieuse ?
Nous ne sommes plus au moyen âge, au temps où l’Église était une puissance temporelle que tous écoutaient sans doute avec plus de crainte que de dévotion. Sont-ils nombreux ceux qui le regrettent encore ?
Pourquoi donc certains de nos prélats, comme un nombre non négligeable de nos frères chrétiens, n’ont-ils pas encore compris que cette façon de faire tient nos pasteurs de plus en plus éloignés de leur troupeau, de ce peuple qui ne demande qu’à les suivre, mais en étant éclairé et relié au reste du monde?

Pourquoi critiquer avec tant de sévérité de tels modes d’intervention de l’Église ?
C’est toujours avec un grand intérêt que je lis les écrits des nombreux spécialistes, médecins, philosophes, théologiens et historiens, qui s’ expriment sur ces sujets, car cela nourrit ma réflexion.
J’ai toujours été attentif aux messages que nous adresse l’ Église mais, comme cela nous a été recommandé par un certain juif de Nazareth il y a bien longtemps, je crois aussi qu’il faut aujourd’hui encore plus qu’hier, « rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu » ( Mt 12,20-23 ; Mc 12, 16-17 ; Lc 20,24-26 )!
C’était déjà là me semble-t-il, il y a plus de 2000 ans, parmi bien d’ autres recommandations qui nous ont été données, l’un des fondements de la laïcité !
Ce qui n’enlève rien à l’ intérêt de la loi de 1905 sur ce même sujet …
Je n’ignore pas également que la démocratie n’a jamais eu pour mission de définir le bien et le mal et que cette tâche a toujours été confiée aux philosophes, aux religieux et aux Églises.
C’est aussi pour cette raison que l’Église catholique devrait limiter son action à ce niveau, surtout en l’absence de crise grave. Elle doit pouvoir dire sobrement ce qui est bien ou mal, en se référant surtout aux Évangiles, afin que chacun interroge sa conscience, tout en veillant à ne pas exercer autrement des pressions sur les électeurs qui sont amenés à accomplir leur devoir de citoyen.
Il n’en est pas de même en présence d’évènements graves comme en cas de grands conflits, de massacres organisés et de génocides.
C’est alors que la voix de l’Église doit impérativement se faire entendre, sans tarder , de façon claire et non ambiguë.
Nous ne pouvons pas oublier que certains crimes et conflits de grande ampleur ont parfois été perpétrés, ou laissés s’accomplir, au nom de Dieu ou d’une identité religieuse qu’il fallait absolument préserver.
C’est ce que nous rappellent les historiens à propos par exemple des croisades, des guerres de religion, de l’inquisition, et de certaines luttes intestines liées au pouvoir temporel de la papauté ou apparues lors de certains schismes, comme celui qui a provoqué la « contre-réforme » !
Par ailleurs, comment ne pas se souvenir et comment arriver à se faire pardonner « le silence effrayant des justes », selon l’expression de Martin Luther King à propos de la discrimination raciale aux États Unis d’Amérique, ainsi que d’autres silences de notre Église ou ses dénonciations trop timides de certaines injustices, comme celles liées à la colonisation ou, plus grave encore, certains crimes monstrueux comme le génocide du peuple juif lors de la dernière guerre mondiale ?
Le Pape Jean Paul II, fort heureusement a fait acte de repentance pour plusieurs de ces fautes ; il était temps, puisque cette démarche a eu lieu à la fin du deuxième millénaire !
La parole de l’Église, malgré ce, est encore écoutée par tous dès lors qu’elle retrouve ses accents universels et qu’elle a pour principaux objectifs d’atteindre le cœur et l’esprit de chacun. Mais si tel n’est pas le cas comment s’étonner de l’abandon de la pratique religieuse, de la diminution du recours aux sacrements et du fait que les séminaires deviennent déserts ?
Bien sûr, l’Église n’est pas seule responsable de tout cela !
Sont également en cause, d’abord le manque de foi des chrétiens, mais également la course au profit, le matérialisme ambiant, le besoin de paraître et d’accomplir des performances, ainsi qu’ un moindre intérêt pour la réflexion personnelle et pour tout ce qui est du domaine de ce qu’on appelait il y a quelques années encore la culture générale ou les « humanités » .
Redisons le, il me paraît normal que l’Église s’exprime sur tous ces sujets mais il serait préférable qu’elle le fasse autrement et plus simplement, en rappelant aux chrétiens le message du Christ et en particulier son commandement, considéré par lui même comme le plus grand, où il est question de cet autre qu’est notre « prochain » ( Lc 10,27,28 ; Mt 22, 34-40 ; Mc 12, 29-30 ) ; commandement qui souligne aussi combien ce combustible, ou ce matériau, nommé Amour , devrait toujours alimenter notre « feu intérieur ». comme l’a si bien souligné Jean Louis Chrétien dans son merveilleux livre « L’intelligence du feu » ( Edit. Bayard 2003 ), commentant l’évangéliste Luc ( Lc 12,49 ) .
C’est surtout à ce niveau que devraient toujours être examinées les relations que nous établissons avec autrui et avec la société, tout au long de la vie, y compris lorsque doivent être faits des choix politiques, ou de société.

Ecrit par : Pollini | 14 juillet 2008

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