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01 février 2008

Le rapport Attali et la liberté scolaire : menace ou opportunité ? par Lionel Devic*

4a091c15edb2ee8e7880267a72b1a03c.jpgBien qu’un peu vite recouvert par le flot de l’actualité bancaire, le rapport remis le 23 janvier dernier par Jacques Attali au président de la République continue à susciter des remous. Vaniteusement présenté par son auteur comme un tout devant être transposé sans discussions en textes légaux et règlementaires, le rapport révèle au lecteur — et au chrétien en particulier — 316 « décisions », parmi lesquelles le pire côtoie le meilleur. À cet égard, il est effectivement souhaitable que certaines mesures, comme celle relative au travail du dimanche, finissent aux oubliettes. Mais au titre du meilleur, l’observateur attaché à la liberté scolaire ne peut que se féliciter des recommandations de la Commission Attali.


C’EST UNE SURPRISE. La commission très hétéroclite chargée de formuler des propositions pour créer et favoriser la croissance, préconise, dans le domaine de l’éducation qu’elle place au premier plan, une révolution salutaire. Révolution, qui pour une fois, est susceptible de profiter non seulement aux parents, professeurs et directeurs d’établissements, mais surtout aux enfants et à la France.

À notre sens, les deux propositions les plus remarquables dans ce domaine sont celles qui consistent, d’une part, à « accorder une plus grande autonomie aux établissements primaires et secondaires » dans le choix de leurs professeurs notamment et, d’autre part, à « permettre aux parents de choisir librement le lieu de scolarisation de leurs enfants ».

À noter qu’il s’agit là de deux mesures qui, jusqu’au 23 janvier 2008, étaient davantage portées par les droites dites « libérales » et « nationales » que par le reste de la classe politique. En France du moins, car à l’étranger, ces sujets ne sont pas abordés en termes partisans [1].

Que préconise le rapport ?

Il est appréciable de voir la question éducative mise au premier rang des priorités ; le bilan négatif de la situation de l’éducation en France, et le constat d’échec édifiant auquel se livre le rapport, mettent bien en évidence les défaillances du système actuel ; fondamentalement, créer les conditions de la croissance implique nécessairement d’accorder la première place à la réforme de notre système éducatif gravement inadapté.

Dans un premier chapitre (« Au commencement, le savoir »), le rapport assigne aux décisions qu’il recommande dans ce domaine la promotion d’une « éducation qui forme des générations créatives et confiantes ».

Pour y parvenir, il est proposé notamment (décision 4) de redonner aux chefs d’établissement primaires et secondaires une plus grande autonomie. Ainsi,

une liste de recrutement national constituant un « vivier » doit être établie, dans laquelle les établissements puiseront pour embaucher leurs professeurs. Cette autonomie permettrait aussi, en motivant les enseignants, d’encourager la nouveauté en matière de réussite scolaire, alors que le pilotage actuel des enseignements, trop centralisé et tatillon, leur ôte beaucoup de possibilités de s’approprier leurs cours et d’adapter la pédagogie aux besoins spécifiques des élèves.
En outre, partant du constat de l’inadaptation de la carte scolaire, le rapport précise (décision 6) qu’il faut
permettre, dans un premier temps, un libre choix total de l’établissement par les parents et les élèves, qui pourront tenir compte de l’évaluation publique des établissements. En cas de demande excédentaire pour un établissement, des priorités transparentes, géographiques et sociales, seront établies.
Des « droits à l’école » seront attribués à chaque enfant et utilisables dans toutes les écoles : ce dispositif permettra d’établir une véritable liberté de choix, pour que chacun puisse bénéficier dans son voisinage d’écoles publiques et privées conventionnées. En pratique, l’État affectera aux parents une somme d’argent par élève. Chaque parent pourra l’utiliser dans un établissement public ou privé de son choix. Le conventionnement des écoles privées devra être très strict sur la nature des enseignements et le respect des valeurs de la République.
Les parents pourront ainsi bénéficier d’une totale liberté de choix de l’établissement et profiteront de ce financement quel que soit leur choix. La Suède utilise déjà ce système efficacement.
Enfin, dans un autre chapitre relatif à « la mobilité sociale », le rapport demande (décision 153) de permettre l’installation d’établissements privés conventionnés dans les quartiers (comprendre : les banlieues difficiles) ; ainsi, comme s’il s’agissait d’une mesure de tempérament de la décision 6 précitée, il est précisé que
l’autorisation d’ouverture d’établissements privés dans ces zones devrait pouvoir déroger aux restrictions nationales [souligné par nous]. En outre (cf. supra), il est proposé de permettre, dans un premier temps à titre expérimental, comme en Suède, l’installation dans les quartiers défavorisés d’établissements privés conventionnés, en accordant à chaque famille un financement global par élève, laissant aux parents la liberté de le dépenser dans l’école de leur choix, privée ou publique. Cela permettra, sans dépense budgétaire particulière, d’assurer une véritable égalité de traitement entre enfants de tous les milieux.
Recommandations lourdes de menaces ?

À notre connaissance, les principales critiques formulées à l’encontre de ces recommandations sont venues non seulement des défenseurs radicaux du système actuel (cf. notamment communiqué de la FSU du 23 janvier 2008) mais aussi de certains partisans attachés à la liberté scolaire d’une façon générale, et aux écoles hors contrat en particulier (en référence notamment à leur dimension catholique ou aux pédagogies alternatives qu’elles développent).

Si les critiques des premiers ne sont guère étonnantes et ne justifient pas que l’on s’y attarde, celles des seconds méritent davantage d’attention, même si elles concernent surtout la question du coupon scolaire et l’abordent essentiellement sous l’angle de la défense des établissements libres et indépendants.

En effet, ils estiment que le rapport Attali ferait du coupon scolaire une machine de guerre contre des libertés scolaires effectives ; les « droits à l’école » donnés à chaque parents ne pourraient être utilisés pour une école qui ne serait pas habilitée à recevoir ce coupon, c'est-à-dire qui ne serait ni publique ni conventionnée. Le fait d’appeler le coupon scolaire « droits à l’école » impliquerait logiquement que l’enfant n’a pas le droit d’aller dans une autre école que l’une de celles qui peuvent recevoir ces « droits ». Par conséquent, le fait, pour des parents, de choisir pour leurs enfants une école privée non conventionnée reviendrait à mettre à la poubelle les « droits à l’école » de leurs enfants ; psychologiquement, l’existence de ces « droits à l’école » rendrait donc plus difficile la décision de sortir du cadre public ou conventionné.

En outre, faute d’information suffisante dans le rapport, il est effectivement possible de s’interroger plus largement sur le sort des établissements sous contrat actuels : le contrat sera-t-il automatiquement remplacé par une convention « nouveau modèle » ? Que restera-t-il du « caractère propre », c'est-à-dire du caractère catholique de l’établissement, dès lors que ce conventionnement « devra être très strict sur la nature des enseignements et le respect des valeurs de la République », au nombre desquelles Jacques Attali précise oralement qu’il y a la laïcité ?

Par exemple, les catholiques attachés au développement d’un souffle apostolique plus grand au sein des établissements d’enseignement catholique, et à une identité plus marquée de ces derniers, doivent-ils donc craindre une limitation accrue de leur liberté ? Par ailleurs, que signifient ces « restrictions nationales » auxquelles la décision 153 fait allusion ? Faut-il comprendre que le contingentement du privé à 20 % des effectifs serait maintenu ? Enfin, faut-il craindre une instauration timide du bon scolaire, limité dans un premier temps aux seules banlieues difficiles ? (à propos de ces dernières, il semble que la proposition 153 fasse écho au souhait qu’avaient émis des responsables de l’Enseignement catholique quant à la possibilité d’ouvrir de nouveaux établissements dans ces quartiers).

Ces interrogations nous semblent légitimes ; elles sont le reflet d’une analyse attentive et prudente des propositions du rapport Attali. En matière d’éducation, les discours anticléricaux refont vite surface, et la tentation de négliger la liberté des parents et des professeurs est toujours vivace.

Faut-il pour autant lancer l’anathème sur les mesures préconisées par le rapport, en insistant sur les éventuels aspects négatifs de ces recommandations ? N’est-ce pas prendre le risque de mélanger sa voix à celles des jacobins et des idéologues co-gestionnaires du Mammouth, et de voir s’éloigner la perspective d’aboutir (enfin !) à l’instauration du bon scolaire ?

Le risque évident d’une telle attitude est de conduire les défenseurs de la liberté scolaire à baisser les bras et à considérer en définitive qu’il n’y a rien de bon à attendre de ce rapport. Est-ce conforme à l’espérance ou à l’état d’esprit qui doit habiter les personnes impliquées dans la promotion de choix politiques ?

Anticiper et saisir cette opportunité

Croire que ces propositions du rapport Attali peuvent contribuer à une juste réforme du système d’enseignement français relève-t-il d’un optimisme exagéré ? La plus discrète des trois vertus théologales ne doit-elle pas au contraire conduire à profiter de la force de ces propositions — et de leur dimension révolutionnaire — pour imaginer les voix et moyens nécessaires pour pousser l’avantage le plus loin possible dans le sens d’une véritable liberté scolaire ?

En premier lieu, il faut observer que le rapport ne dit pas que l’enseignement hors contrat — espace de liberté (onéreuse !) que d’autres pays ne connaissent pas — serait supprimé. En fait, sa situation juridique ne changerait pas de ce qu’elle est aujourd’hui. L’existence de l’enseignement hors contrat (les écoles indépendantes) s’appuie sur un droit constitutionnel, reconnu par la Déclaration universelle et la Convention européenne des droits de l’homme, qui semble bien difficile à supprimer. L’idée d’instaurer le bon scolaire constitue en lui-même une révolution très satisfaisante, même si elle ne s’accompagne d’aucun bénéfice particulier — ni d’aucun inconvénient supplémentaire — pour le hors contrat.

En deuxième lieu, le rapport évoque les établissements « conventionnés », et non plus seulement ceux « sous contrat » ; sauf à n’accorder que peu d’importance au sens des mots, le juriste notera que le contrat appartient à la catégorie plus large des conventions. Faut-il y voir, malgré la mention d’un conventionnement strict, le signe d’une modification, dans un sens plus libéral, de la nature des rapports qui pourraient exister à l’avenir entre l’État et les établissements d’enseignement privés ?

À cet égard, il est intéressant de constater que le jour même où Jacques Attali rendait son rapport, Eric de Labarre, secrétaire général de l’Enseignement catholique, exprimait, lors du congrès du SNCEEL (Syndicat national des chefs d’établissements d’enseignement libre) son souhait de revoir les relations contractuelles existant entre l’Enseignement catholique et l’État : « Association ne signifie pas assimilation. Nous souhaitons un enseignement catholique contractualisé, pas un enseignement catholique administré. » Le caractère propre des établissements catholiques ne doit pas être « une ligne de défense que l’enseignement catholique aurait construite pour contenir l’intervention de l’État ». Il a par ailleurs annoncé qu’un groupe de travail « autonomie et contrat » a été mis en place en vue de parvenir à la rédaction d’un document de référence sur les obligations des établissements [2].

Dans ce domaine, la meilleure défense n’est-elle pas d’anticiper et de proposer des solutions ? D’ailleurs, Éric de Labarre n’avait-il pas annoncé il y a quelques mois sa volonté de permettre à l’enseignement catholique de redécouvrir ses espaces de liberté [3] ? Ne faut-il pas saisir cette opportunité du rapport Attali pour agir en amont, en assouplissant et libérant les critères permettant l’accès à ce conventionnement ? Les promoteurs de la liberté scolaire ont donc la responsabilité de faire en sorte d’être au cœur du processus législatif qui conduira éventuellement à l’adoption des conclusions du rapport.

Ils devront faire preuve d’imagination pour profiter des espaces qui s’ouvrent et s’appuyer tant sur les pasteurs conscients de leurs responsabilité dans ce domaine que sur les laïcs, catholiques ou non, convaincus de la nécessité de favoriser la mise en œuvre du principe de subsidiarité dans ce domaine.

Comme la Congrégation pour l’éducation catholique l’a rappelé, n’oublions pas que
l'école catholique est appelée à un courageux renouvellement. L'héritage précieux d'une longue expérience séculaire manifeste, en effet, sa propre vitalité surtout dans la capacité d'une sage innovation. Il est tellement nécessaire qu'aujourd'hui encore l'école catholique sache se proposer de manière efficace, convaincante et actuelle. Il ne s'agit pas de simple adaptation, mais d'élan missionnaire: c'est le devoir fondamental de l'évangélisation, d'aller là où est l'homme pour qu'il accueille le don du salut [4].
Quant au critère de laïcité, il y a la conception de Jacques Attali, d’une part, et la conception de Nicolas Sarkozy, d’autre part.

La première semble être le reflet d’une vision étriquée ; mais est-elle encore crédible ?

La seconde en revanche, qui se veut positive [5], va dans le sens d’un progrès remarqué et devrait permettre aux établissements catholiques d’affirmer davantage leur identité, notamment dans le futur cadre « conventionné ». C’est à cette seconde conception de la laïcité que les catholiques attachés à la promotion d’une véritable liberté scolaire pourront opportunément se référer.

On notera avec satisfaction que dans son discours en réponse à celui de Jacques Attali, le président de la République s’est réjoui de voir la liberté faire son entrée dans le domaine de l’éducation : « Aujourd’hui cela progresse, c’est une évidence. Mais d’une manière générale, toutes vos propositions qui mettent en avant le libre choix, la liberté individuelle, me semblent parfaitement légitimes. »

Puissent les hommes de bonne volonté — et les chrétiens en particulier — être suffisamment nombreux, dans les prochains mois, à rappeler comme l’Église au législateur que
le rapport correct entre l'État et toute école — pas seulement catholique — se pose non pas tant à partir des relations institutionnelles qu'à partir du droit de la personne à recevoir une éducation adéquate selon son libre choix. Droit auquel on répond selon le principe de subsidiarité. En effet, les pouvoirs publics, dont le rôle est de protéger et de défendre les libertés des citoyens, doivent veiller à la justice distributive en répartissant l'aide des fonds publics de telle sorte que les parents puissent jouir d'une authentique liberté dans le choix de l'école de leurs enfants selon leur conscience.
C'est dans le cadre non seulement de la proclamation formelle de ce droit fondamental de l'homme, mais aussi de son exercice effectif, que se pose, en certains pays, le problème crucial de la reconnaissance juridique et financière de l'école qui n'est pas école d'État. Nous faisons nôtre le souhait de Jean-Paul II pour que l'on parvienne enfin à réaliser pour les écoles qui ne sont écoles d'État une vraie égalité, qui soit en même temps respectueuse de leur projet éducatif [6].


* Lionel Devic est avocat.




Pour en savoir plus :
■ Le rapport Attali sur le site officiel de la commission www.liberationdelacroissance.fr.




[1]Cf. également les mesures proposées par l’association pour la Fondation de Service politique dans son « Guide de l’électeur 2007 » (Liberté politique n° 36, printemps 2007).
[2]Cf. dépêche de l'AEF, Marie-Caroline Missir, 24 janvier 2008, n° 90436, « Eric de Labarre “rêve d'établissements publics sous contrat avec l'État” ».
[3] Cf. entretien avec Denis Peiron, La Croix,23 août 2007.
[4] Cf. « L’école catholique au seuil du troisième millénaire », Congrégation pour l’éducation catholique, 28 décembre 1997.
[5] Cf. Nicolas Sarkozy, La République, les Religions, l’Espérance, entretien avec Thibaud Collin et le Philippe Verdin, éditions du Cerf, 2004.
[6] Cf. « L’école catholique au seuil du troisième millénaire », op. cit.

Commentaires

Assez d'accord sur plusieurs aspects : il faut essayer d'utiliser ce supplément de liberté, ceci ne touchera pas à l'école hors contrat.

Par contre, je vous trouve assez naïf en ce qui a trait à l'école sous contrat, je pense qu'on risque de ne pas remettre en cause les accords Lang-Couplet, de voir le même nombre de places dans les écoles sous contrat (20%) avec de plus en plus de places en priorité pour des jeunes de banlieues ethniques et plus de laïcité exigée dans ces écoles censées être catholiques à l'origine (je ne comprends pas comme être laïque positif dans une école catholique, c'est l'État qui peut être laïque positif : neutralité bienveillante envers les religions, pas les écoles confessionnelles bien sûr !).

http://pouruneecolelibre.blogspot.com/2008/01/rapport-attali-et-lenseignement-clichs.html

Ecrit par : Franco-Saxon | 01 février 2008

Je me permets de vous signaler, pour que tous les éléments du débat soient accessibles, que j'ai mis en ligne sur mon blog (http://leblogdejeannesmits.blogspot.com) l'article que j'ai consacré au bon scolaire dans "Présent" de vendredi (avec des liens également vers le blog d'Yves Daoudal, qui est indirectement cité par Me Devic). Il me semble en effet qu'il faut combattre les yeux ouverts, continuer de militer pour le bon scolaire mais sans laisser détourner ce combat par ceux qui, faisant mine de l'accorder, ont pour propos explicite d'en faire un élément de contrôle de plus.

Il faut d'ailleurs lire le rapport Attali en son entier (il est conçu et présenté comme un "bloc") pour y voir à quel point il propose la mise sous tutelle toujours plus serrée de la petite enfance et les meures anti-familiales.

Bien à vous

Ecrit par : Jeanne Smits | 02 février 2008

Entièrement d'accord avec Lionel DEVIC. J'ajouterai que devant une telle innovation des propositions Attali: le retour du "bon scolaire" (dont on n'avait plus entendu parler depuis le livre de Madelin il y a 25 ans !), la bonne attitude serait : on se frotte les mains, on la laisse se mettre en place et on s'engouffre dans la brêche, au lieu d'attirer publiquement l'attention d'Attali sur les écoles hors contrat !
"Le pire n'est pas toujours certain" disait Bainville, mais nos milieux tradis à force de voir le mal partout, surestiment l'ennemi et démobilisent ceux qui seraient prêts à agir, car si l'ennemi est si puissant, "les bras nous en tombent"; ou comment jouer le rôle de cinquième colonne sans s'en rendre compte.
Rémy BERT

Ecrit par : BERT | 03 février 2008

Extraordinaire : le "bon scolaire" aurait disparu du paysage politique français depuis 25 ans et un bouquin d'Alain Madelin ? Depuis les 25 ans d'existence de "Présent", nous réclamons toujours comme une solution possible de justice la mise en place d'un "bon scolaire" (appelez-le "chèque", "droits à l'école", ce que vous voulez) - c'état la reprise et la continuation de la même revendication formulée par la revue Itinéraires, et assurément ni l'un ni l'autre n'était seul à réclamer cela.

L'idée du bon scolaire a si peu disparu que sa mise en place figurait, aux dernières élections, au programme du Front national et du MPF.

Extraordinaire encore : voilà qu'on m'accuse quasiment d'avoir attiré l'attention d'Attali sur les écoles hors contrat. Mais qu'imaginez-vous donc ? Qu'il avait besoin de moi pour savoir de quoi il parlait et à qui il destinait ces nouvelles "libertés" (on ne peut plus surveillées) ? Qu'il est possible d'aller jouer sur son terrain et de gagner ? De grâce, sachons où nous allons, qui nous avons en face, et quels sont ses buts : c'est les mettre au grand jour qui peut réveiller les Français et non de faire semblant qu'il nous donne non seulement raison, mais même des possibilités de subvention !

Extraordinaire enfin : nous accuser d'une sorte de défaitisme démobilisateur alors que nous sommes de ceux qui avons lutté, et continuons de lutter pour les libertés concrètes de nos écoles, pour leur survie. Il vaut mieux connaître le prix de la liberté, et le payer, que de faire croire qu'elle est là où elle n'est pas et ne sera jamais. Une fois de plus : l'avez-vraiment lu, ce rapport ? Ne voyez-vous pas à quel point il cherche à mettre l'enfance, et spécialement la petite enfance, sous tutelle publique ? Ne voyez-vous même pas que toutes les lois prises dans ce domaine vont clairement dans ce sens ?

Pour ma part, je ne vois pas le mal partout, je suis même d'un naturel probablement trop optimiste. Mais 200 000 tout petits assassinés chaque année par avortement, et la tentative systématique de destruction de l'âme, de l'intelligence et de la pureté de nos enfants dans le cadre des programmes et des méthodes qui ont la faveur de l'Education nationale, cela ne devrait-il donc pas conduire à réfléchir ? A réfléchir même sur l'opportunité de réclamer le "bon scolaire" à des pouvoirs publics dont il est établi qu'ils mettent en place une police de la pensée de plus en plus serrée ?

Je voudrais encore observer, à propos de l'article de Lionel Devic, qu'aussi bien Yves Daoudal que moi-même jugeons nécessaire de mettre en garde contre la "décision 6" et son compagnon inséparable, la "décision 153" non seulement en considérant le sort qui y est réservé (ou non, on peut en discuter) à l'école hors contrat, mais surtout en attirant l'attention sur le contrôle accru qu'elles annoncent sur les contenus de l'enseignement sous contrat ou "conventionné", peu importe le nom.

Pour ma part, si je reconnais vouloir défendre d'abord la "dimension catholique" des écoles hors contrat pour lesquelles j'ai eu personnellement à me battre, je récuse l'idée qu'on y pratiquerait des "pédagogies alternatives", comme le suggère Lionel Devic. Non : au meilleur cas, de la "pédagogie" tout court. L'alternatif, avec son côté "hippie", "ghetto", "secte", "écolo", "enseignement spécialisé" renvoie peut-être aux écoles Steiner ou Freinet, mais non point à celles où l'on tente, avec des méthodes éprouvées, d'aboutir à une formation classique aboutie. Parler de "pédagogies alternatives" laisser croire que les écoles publiques ou privées sous contrat pratiquent des pédagogies normales. C'est l'inverse qui est vrai (la plupart du temps ; nous connaissons tous de notables exceptions).

Enfin je vous signale la réaction d'Yves Daoudal sur son blog (http://yvesdaoudal.hautetfort.com/archive/2008/02/02/chez-ces-gens-la.html).

Jeanne Smits

Ecrit par : Jeanne Smits | 03 février 2008

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