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04 janvier 2008

Mgr Crepaldi : “L’Église est contre l’idéologie écologiste”

3681ebbcab55906239a78357870a883f.jpg“L'Église n'a jamais avalisé les formes radicales et idéologiques de l’écologisme, pour deux raisons. D’abord, parce qu'elles subordonnent l'homme à une prétendue centralité de la nature. Ensuite, certaines formes radicales d'écologisme risquent de bloquer le développement, et surtout de remettre en cause le droit au développement des pays pauvres”. C’est ce qu’affirme Mgr Giampaolo Crepaldi, secrétaire du Conseil pontifical Justice et Paix dans un entretien accordé à l'agence Fides (Fides.org) et que nous rapportons intégralement.


Fides. — Le débat sur les changements climatiques semble être envahi par les thèses catastrophistes. Quelle est la position du Conseil pontifical Justice et Paix sur cet aspect du problème ?

Mgr Crepaldi.— Le Conseil pontifical Justice et Paix a organisé il y a un an un séminaire international d'études sur les changements climatiques, dans le but d'approfondir cette problématique et d'en évaluer les implications éthiques et culturelles. Les travaux de ce séminaire ont permis de prendre acte effectivement que le débat sur les changements climatiques s’est polarisé autour de deux positions alternatives, qui soutiennent des thèses différentes et en contrepoint. En résumant, on peut dire que tous s’accordent sur la réalité des changements climatiques, le désaccord portant sur l’interprétation ou la recherche de la cause des changements climatiques.

Pour les uns, où se trouve la fine fleur du monde scientifique, dont les positions aujourd'hui sont indubitablement dominantes, la cause des changements climatiques est attribuée aux activités humaines, surtout industrielles ; l'autre école — qui a moins de visibilité et qui est moins aguerrie — soutient que l'homme pèse marginalement sur les changements climatiques et que la cause est imputable aux cycles naturels du réchauffement et du refroidissement de l'atmosphère. Le Conseil pontifical Justice et Paix a pris acte de ce débat et se réserve de proposer, dans un futur proche, des clés de discernement.

Les documents produits par les organismes des Nations-unies, notamment, soutiennent que l'homme est responsable du soi-disant "réchauffement global" et exaltent, comme certains écologismes, le rôle de la nature. Quels sont les risques de cette vision de la réalité ?

Le risque pour tout travail scientifique, surtout sur les questions d’environnement — parce que celles-ci concernent vraiment la vie quotidienne des personnes — est d’être utilisé non à des fins strictement scientifiques, mais dans une perspective idéologique. Je ne crois pas que ce soit l'intention des scientifiques concernés, mais il est indéniable qu'il existe des mouvements, culturels et politiques, qui utilisent les recherches scientifiques de manière instrumentale et idéologique. Avec de sérieuses conséquences.

La doctrine sociale de l'Église n'a jamais avalisé ces formes radicales et idéologiques d'écologisme, pour deux raisons. Avant tout, parce que celles-ci subordonnent l'homme à une prétendue centralité de la nature ; dans cette perspective, tout, l’homme compris, doit tourner autour de la nature, considérée comme le centre vers lequel tout doit converger. La seconde raison est que certaines formes radicales d'écologisme risquent de bloquer le développement, et surtout de remettre en cause le droit au développement des pays pauvres.

Ceci est une question très sérieuse aujourd'hui. Il faut donc toujours distinguer entre travail scientifique et exploitation idéologique du travail scientifique, autrement on risque d'aboutir à une vision de l'homme et de la nature qui se révèle contre l'homme et contre la nature.

Faut-il retenir de cela que dans le monde, se construit un véritable "business écologique", soutenu par des politiques qui entendent limiter le développement des pays les plus pauvres ?

Il faut poser un préalable, qui concerne la responsabilité de la politique, qui doit faire preuve de discernement et être libre de tous conditionnements à caractère idéologique, notamment à l’égard des affaires d’autrui, surtout de la part des pays développés ; il suffit de penser à la question des déchets. Le risque est réel que la sauvegarde de la création soit abordée en termes de business, et uniquement dans ces termes, avec le lancement ou la gestion d'affaires qui n'ont rien à faire avec la sauvegarde de l'environnement, mais qui sont liés à une économie à caractère mafieux.

Sur le plan international, en revanche, il est nécessaire, aujourd'hui, d'obtenir une gouvernance plus efficace, et efficace sur les questions d’environnement, afin que les institutions internationales compétentes soient en mesure de donner aux États et à la communauté internationale un cadre sage et équilibré d'orientations sur ces questions. Ce n’est pas d’aujourd’hui que le Saint-Siège formule cette demande. La doctrine sociale de l'Église, en demandant à reformuler un droit à un environnement sain, relie toujours ce droit à la dimension institutionnelle et juridique qui engage tous les États et la communauté internationale.

Le Saint-Père Benoît XVI invite à promouvoir des "styles de vie, des modèles de production et de consommation caractérisés par le respect de la création et les exigences réelles du progrès durable des peuples, en tenant compte de la destination universelle des biens". Pouvez-vous expliquer, en particulier, ce qu'entend la doctrine sociale de l'Église par "progrès durable" dans un monde globalisé ?

Le Saint-Père est intervenu sur les questions d’environnement de différentes manières. La référence au magistère du Saint-Père est constituée par deux mots importants de la Sainte Écriture : l'homme est appelé d’une part à garder la Terre, et de l’autre à la cultiver. Ces deux verbes disent qu'il est d’un côté inacceptable d’exploiter inconsidérément les ressources de la terre et, de l'autre, que la Terre est un bien donné par Dieu à l'homme pour être cultivée et cultivée au mieux de ses possibilités. Autrement dit, cultiver les ressources de la terre avec un esprit d'équité et de solidarité, parce que les biens de la Terre ont une valeur et une valeur universelle. Ceci comprend aussi la bataille contre les pauvretés, les inégalités. Les biens de la Terre ne peuvent pas être un objet d'accaparement de la part d'une petite portion de l’humanité, mais doivent être employés dans une perspective de solidarité.

Il est nécessaire d'ajouter que si le développement est authentique, il ne peut pas ne pas être durable. À travers la capacité des hommes, des peuples, le développement doit certainement satisfaire les besoins des générations présentes, sans cependant compromettre la satisfaction des besoins des générations futures. Donc, la culture des biens de la Terre doit être responsable, dans le sens qu’elle ne se limite pas à satisfaire les besoins des générations d'aujourd'hui, mais tient compte des exigences des générations futures. Ceci est le concept de développement durable présent dans le Compendium de la doctrine sociale de l'Église, publié il y à deux ans par le Conseil pontifical Justice et Paix.


*Mgr Crepaldi est secrétaire du Conseil pontifical Justice et Paix.
© Fides. Traduction française Libertepolitique.com.

Commentaires

Je vous remercie d'intervenir sur ce sujet dont nous subissions le matraquage permanent des média avec des informations biaisées. Même la mouvance catholique est influencée par ces discours comme en atteste le discours édifiant de M. Jancovici aux assises sociales du diocèse de Paris : http://www.lejourduseigneur.com/accueil/archives/web_tv_les_conferences_des_semaines_sociales?video_id=8324

D'autres, comme vous dénoncent cet écologisme radical comme Jean Christophe Ruffin dont le roman "Le Parfum d'Adam" met en scène le jusqu'au boutisme de ces militants. Son ouvrage est suivi d'une présentation stupéfiante des thèses écologistes dures et de leurs dangers. Il mériterait tout à fait une tribune dans "Liberté Politique".

Merci de ce que vous faites.

Ecrit par : Pierre | 05 janvier 2008

Je soutiens votre mouvement et j'ai beaucoup d'intérêt pour ses prises de postion sociétales mais suis profondément déçu par votre position "anti-écologiste"!
Voulez-vous donc cautionner le sacrifice des terres arables à la production de biocarburant, le règne des OGM sur le végétal, le gaspillage d'énergies fossiles non renouvelables, etc. ?

Vous reprochez aux écologistes d'être contre le développement, et de subordonner l'homme à la nature.
Il se trouve que l'homme fait partie d'un écosystème lui-aussi : lisons la Genèse, elle ne dit pas autre chose. Un développement anarchique qui ne respecte pas cette réalité aura des conséquences catastrophiques, tôt ou tard.
Vous voyez un milliard d'indien rouler en voiture individuelle comme nous?Il se trouve qu'appliquer le modèle de développement nord américain et européen dans le vaste monde,c'est préparer l'Apocalypse. Il faut inventer un autre modèle de consommation basé sur le recyclage et l'économie, une agriculture qui permette au maximum de familles de vivre sans épuiser la terre.
Encouragez les prêtres et les évêques à faire leur révolution écologique. Benoit XVI a compris. Pourquoi pas vous ?

Ecrit par : Abbas | 05 janvier 2008

Je suis étonné que Mgr Crepaldi puisse encore attribuer, aujourd'hui, un quelconque crédit à ceux qui déclarent que le réchauffement climatique actuel ne serait que l'effet naturel des grands cycles climatiques.
Parler ainsi, c'est méconnaître volontairement les mesures effectuées dans les carottes glacières antarctiques, qui permettent de remonter l'histoire du climat de la terre, jusqu'à 800 000 ans en arrière.
Quels sont les faits ?
Au cours des 500 000 dernières années, on relève 4 pics de réchauffement: en -420 000, en -325 000, en - 240 000 et en - 130 000. La périodicité est de 105 000 ans en moyenne.
Lors de ces 4 pics, la teneur mesurée en gaz carbonique est, pour chaque pic, de 280 ppm environ.
Aujourd'hui, on mesure une teneur de 380 ppm: jamais on a eu une tel pic de réchauffemement dans le passé.
Le réchauffement actuel est donc très nettement supérieur aux réchauffements antérieurs.
N'y a t'il pas lieu de s'inquiéter ?
Quelle est la cause de ce réchauffement inhabituel ?
Si on regarde les relevés de température à la surface de la terre au cours du dernier millénaire (au moyen d'observation des anneaux ligneux, des coraux, des carottes glacières et sur la base des relevés thermométriques depuis un siècle et demi), on constate que la température de la terre augmente dramatiquement à partir de l'année 1850.
Peut-on affirmer que l'activité industrielle (l'activité de l'honne) n'est pas en cause ?

Ecrit par : Jean-Marie Lesecq | 05 janvier 2008

Pourquoi Mgr Crepaldi s'amuse-t-il à pourfendre l'extrémisme "écologististe" (plutôt qu'écologiste) où il se perd à vouloir nier l'importance des dégâts à venir suite à l'augmentation du CO2 (relire Jean-Marie Lesecq, très bon), alors que, comme il y invite plus loin, il faut mettre toute son énergie à imaginer un modèle de développement accessible à tous les hommes, à tous les peuples, "sans compromettre la satisfaction des besoins des générations futures"?
Intéressant, ce dernier paragraphe, et qui n'est absolument pas anti-écologiste, au contraire de la première partie et surtout d'ailleurs du fait de l'intervieweur "Fides". Manipulation déjà que le titre !

Ecrit par : Stéphane Lapaille | 06 janvier 2008

Bonjour,
Vous le dites vous-même, et l'article ne dit pas autre chose : l'Église est pour l'écologie, contre l'écologisme. Mgr Crepaldi ne remet pas en cause le réchauffement climatique, il note un débat sur ses causes, sans condamner a priori ni l'une ou l'autre hypothèse (sans doute compatibles entre elles). Ce qu'il veut dire : l'idéologie écologiste est dangereuse pour l'écologie. Si les chrétiens ne le disent pas, qui le dira ?

Ecrit par : De l'équipe LP.com à St. Lapaille | 07 janvier 2008

Ce qui est intéressant, dans cette interview, c'est la distinction faite par Mgr Crepaldi entre un juste regard sur l'écologie, ses causes et le souci sur le développement humain, et l'utilisation idéologique qui dévie ce juste regard. C'est sur cette distinction que se fonde toute l'argumentation. Ce qui importe, c'est de savoir quelle écologie l'Eglise veut promouvoir: ni contre l'homme, ni contre la nature !
Merci à LP pour l'ensemble de ces articles qui offrent un bel éclairage.

Ecrit par : Xavier | 18 janvier 2008

En toute chose,il faut raison garder dit le dicton,est-ce cequi se passe actuellement? IL y a une trentaine d'ans, au moindre " été pourri", on accusait la bombe atomique ou les " spoutniks", maintenant c'est " monsieur tout le monde" le bouc émissaire qu'il faut culpabiliser...L' Histoire est un balancier, elle passe d'un extrème à l'autre en tout !De nos jours, on est à l'autre extrème et sous couvert plus ou moins conscient, on se sert de données chiffrées avec des précisions "hallucinantes" pour prouver une idéologie sui a commencé dans les années 1960: Le " Grand Soir" des marxistes ne faisant plus recette,il faut trouver un thème fédérateur pour abattre notre société ( bourgeoise, capitaliste,impérialiste, pourrie par le fric...j'en passe et des meilleures)à cela il faut ajouter
tous ceux qui recherchent un "nouvel idéal",une nouvelle "raison de vivre" apolitique,atout ce que l'on veut: quoi de mieux que la PLANETE, un néopanthéisme:mon frère le hanneton
qui a saplace sur terre comme moi....Jadis et encore de nos jours par endroits l'homme fut sacrifié à l'ECONOMIE pour faire simple ,maintenant la majorité des "écolo" est prête à sacrifier l'homme à la Transcendante PLANETE, c'est le paganisme du XXIè. l'humanisme fait que TOUT est au service de l'homme, ne l'oublions jamais, sinon nous allons droit vers une nouvelle dictature,embrigadement des esprits, culpabilisant les nouveaux-méchants
au nom de l'avenir de la planète donc, comme toujours, dans les idéologies fascisantes extrèmistes, quelles qu'elles soient,il faut briser l'homme pour un HOMME NOUVEAU
Récemment M.N. Hulot admirait une mesure de la ville de Rennes: empécher la contruction de maisons individuelles en périphérie des villes... Adieu ma petite maison entourée de 500m2 de gazon: pensons à la planète... l'homme doit habiter en ville près de gares....
C'est beau l'humanisme vu ainsi
Les "4x4" n'ont pas fait disparaître les mammouths,les usines n'ont produit l'insularité de la Grande-Bretagne ni la transformation d'un Sahara"bayou" en Sahara désertique etc,etc
Les changements sont accélérés ? et alors ? pourquoi le même rythme des modifications devrait-il devenir éternel, c'est à dire la NORME Quelle prétention !!! derrière cet apparent
respect-dévotion de Mère-Nature ! A Lille, on aura des oliviers qui donneront de l'huile eh bien tant mieux pour les rhumatisants !!!
Oui, mille fois oui à la lutte impitoyable au gâchis, aux abus stupides et aveugles des économies ou des politiciens ( sous-marins nucléaires dans le presque'île de Kola....)
pollueur-payeur......oui,oui et oui mais prenons du recul, calmons cette frénésie écolo reprise bien sûr, par les politiciens pour être dans le vent....

Ecrit par : charpla | 02 février 2008

Non, l'écologisme, ni l'écologie n'ont pas pour objectif "d'abattre la société bourgeoise" !
Il ne faut pas calmer la frénésie écolo mais la galvaniser. C'est une course contre la montre qui est engagée contre l'actuel modèle économique encore basé sur le gaspillage des ressources. Il ne faut pas être très perspicace pour comprendre que les ressources de notre planète sont limitées et qu'il est arithmétiquement impossible de conjuguer indéfiniment croissance de la population et croissance de la consommation des biens. Oui, la maison individuelle avec pelouse et gazon, n'est pas extensible à tous le monde. Il faudra économiser de l'espace. Et peut-être ceux qui en ont, ce sera plutôt pour y mettre quelques cultures vivrières.
"Tout pour l'homme" , oui ! Mais cela inclut les générations futures !
Ensuite "tout pour l'homme" n'est pas chrétien ! C'est "tout pour la gloire de Dieu" qui est chrétien. L'homme est le "grand-prêtre" et le jardinier de la terre mais tous les êtres existent pour rendre gloire à Dieu. L'homme est au service de l'harmonie du tout dont-il fait partie. Ce n'est pas une pensée païennes quoi que vous en disiez !

Ecrit par : abbas | 02 février 2008

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