20 décembre 2007
Municipales 2008 : pourquoi s’engager dès maintenant, par Thierry Boutet*
Les 9 et 16 mars prochains, les Français éliront les conseillers municipaux de leurs villes et communes. La plupart des têtes de listes des grandes villes ont été désignées. C’est maintenant que se constituent les listes : pour les chrétiens, c’est le moment de faire acte de candidature, et de s'engager pour les soutenir activement.
POURQUOI se présenter à une élection municipale ? L’expérience montre que l’engagement local d’un chrétien est non seulement possible mais efficace — à quelques conditions qu’il faut évoquer. Un mandat de conseiller municipal, d’adjoint au maire ou de maire permet de favoriser ou de promouvoir un ensemble d’initiatives respectueuses des droits de la personne, de la famille et du bien commun. Sous réserve qu’ils ne s’engagent pas pour « faire passer un message » mais pour se mettre au service des autres, les chrétiens cohérents et affichés sont généralement bien accueillis dans un conseil municipal. Cela reste vrai au niveau national même si les enjeux ne sont pas tout à fait les mêmes.
En dépit du discrédit global de la classe politique, l’élu, spécialement quand l’élection a lieu au scrutin uninominal, conserve une aura que rien n’est parvenu jusqu’ici à diminuer. Cela tient au rapport que celui-ci entretient avec ses électeurs. Cette relation est tissée de liens qui sont beaucoup plus forts que ceux que peut avoir un militant associatif avec ces mêmes personnes. Elle est basée sur la certitude, plus ou moins grande, que celui pour qui on vote est digne de confiance ou au minimum plus digne de cette confiance que ses concurrents.
Se faire connaître
Pour cela l’élu doit en premier lieu se faire connaître, personnellement. La médiatisation des débats en fait plus que jamais un homme public. Cette dimension, encore faible pour un conseiller municipal, devient presque totale pour un président de la République dont la vie privée est entièrement exposée, quoiqu’il fasse.
Cette exposition présente évidemment des risques. Mais pour un chrétien, loin d’être un handicap, elle se présente plutôt comme une opportunité. Les chrétiens sont supposés avoir un minimum d’unité entre leur vie privée et leur engagement public, et sont appelés à être des témoins fidèles et publics du Christ. Le monde attend d’eux que leur conduite, leurs ambitions, leur parole publique, soient en cohérence avec la morale qu’ils affichent en privé. Cette transparence exige des chrétiens une vie chrétienne authentique, donc sacramentelle, avec tout ce qu’elle implique. Les pharisiens sont rarement populaires et malheur à celui qui cause un scandale. Un chrétien ne descend pas impunément dans la fosse aux lions habillé de lin blanc et de pureté candide, s’il n’est pas authentiquement un saint, malgré ses faiblesses. Dans le cloisonnement qu’opère volontairement beaucoup d’hommes politiques entre leur engagement public et leur vie privée, n’y a t-il pas, au-delà des raisons idéologiques, la peur plus ou moins consciente de perdre la face, faute d’unité entre ce qui est proclamé et ce qui est vécu ?
Mais lorsque cette cohérence existe et qu’elle se manifeste, elle séduit généralement, y compris ceux qui ne partagent pas les mêmes convictions religieuses. C’est la raison pour laquelle les très nombreux chrétiens qui sont élus dans d’innombrables municipalités sont bien reçus alors qu’ils ne font pas mystère de leur foi. Ainsi, en 2005, dans une banlieue de Paris plutôt rouge que rose, un conseiller municipal affiché chrétien et soucieux de célébrer les jours saints a demandé et obtenu, y compris d’élus communistes, que le conseil municipal ne se tienne pas le Jeudi saint. Cet exemple de respect n’est pas unique. La réaction laïciste n’a pas court dans la vie locale.
Lorsque l’on sait se faire connaître pour ce que l’on est, il faut encore écouter ce que l’on vous dit. Or l’électeur a des préoccupations très prosaïques : chômage, sécurité, recherche d’emplois, implantation médicale, sport, budget, subventions, urbanisme, logement, circulation. Entendre l’électeur, c’est se mettre à l’écoute de ses préoccupations. L’élu ne choisit pas les questions que ses concitoyens lui posent, surtout s’il est dans la majorité.
Accepter l’affrontement
En outre, ce travail de conviction s’exerce dans un contexte conflictuel. Les chrétiens engagés en politique doivent accepter ce conflit. Le monde politique n’est pas consensuel sur les questions de personne. L’élection est un choix entre deux personnalités, dont l’une est repoussée au profit d’une autre. Les querelles de personnes sont donc consubstantielles au système démocratique. Même s’il aime le consensus, le chrétien qui s’engage en politique doit accepter d’avoir des adversaires. Jean Paul II, à la suite de l’enseignement de saint Thomas d’Aquin, a été très clair sur ce point dans l’exhortation Christi fideles laici : l’affrontement entre les personnes n’est pas en lui même immoral. Mais la dureté du combat politique devrait conduire les chrétiens à prendre deux précautions.
La première est de ne pas s’isoler. Que ce soit dans un conseil municipal ou pour se présenter à la présidence de la République, l’engagement politique n’est pas un exercice solitaire. En démocratie, personne n’est majoritaire. Il n’est possible de travailler qu’en trouvant des alliances. L’alliance est un contrat qui se fait sur des points d’accord minimaux.
C’est ici que se pose le plus souvent la question de l’adhésion à un parti politique. Elle soulève d’autant plus de problèmes au regard de la Note Ratzinger (2002) et l’enseignement actuel de l’Église sur l’objection de conscience, que l’on se situe à un niveau élevé dans la hiérarchie d’un parti et que l’on atteint une dimension nationale. Les partis ont un mode de fonctionnement très monolithique et peu tolérants vis-à-vis de l’expression des différences légitimes à l’intérieur d’une orientation générale. L’imprégnation par le positivisme empirique de leur vision du monde les met le plus souvent à la remorque des idées dominantes au lieu de jouer leur rôle d’éclaireurs dans la résolution des problèmes de la Cité.
Il existe néanmoins des solutions acceptables. La manière dont Jean-Pierre Chevènement ou Christine Boutin, à gauche comme à droite de l’échiquier politique, ont réglé leurs problèmes d’appartenance montre ce qu’il est techniquement possible de faire valoir sa différence (et quoiqu’on pense de leurs stratégies respectives). S’associer à un parti de gouvernement ou à un groupe parlementaire ne signifie pas lui donner un blanc-seing.
La seconde précaution à prendre est de savoir patienter. Platon déconseillait aux jeunes gens de prendre des responsabilités trop tôt. Les motifs qu’il invoquait demeurent profondément justes. L’âpreté du combat, l’intensité de l’engagement personnel qu’il réclame, les sacrifices qu’il exige de l’entourage familial s’il y en a un, suppose des hommes et des femmes d’expérience et des personnalités aguerries. Combien d’hommes et de femmes politiques ont aujourd’hui des vies familiales en lambeaux et des enfants à la dérive ?
La politique ne devrait pas non plus être une profession à vie. Or un engagement précoce risque d’en faire trop tôt une « carrière ». En France particulièrement, trop d’hommes et de femmes politiques sont des professionnels de la politique à commencer par le chef de l’État lui-même. Ce carriérisme n’est souhaitable ni pour les personnes, ni pour la vie politique, ni pour la société.
Une vocation
L’engagement politique relève davantage de la vocation que de la profession. Pour un chrétien, elle est une forme éminente de la charité et elle appelle de nombreux sacrifices.
C’est pourquoi l’homme politique, de quelque bord qu’il soit, doit pouvoir trouver auprès de l’Église un soutien et un réconfort. En ce sens, le Service pastoral d’études politiques fondé par le cardinal Lustiger pour assurer auprès des parlementaires et du personnel politique une présence d’Église est une heureuse initiative [1]. De très nombreux parlementaires, croyants ou non, sont en contact avec lui et fréquentent ainsi l’Église, le cas échéant discrètement, comme Nicodème !
À ces conditions, l’engagement politique devrait être une priorité pour les catholiques qui trop souvent le délaisse aujourd’hui. Il leur permet d’être présent sur le terrain et de témoigner au contact de leurs concitoyens de leurs convictions et des motifs de leur engagement. De nombreuses femmes y sont attendues en raison de la loi française sur la parité. Souvent plus attentives aux questions qui relèvent de la culture de vie, de la famille et de l’éducation, elles ont un rôle primordial à jouer à tous les échelons.
Malheureusement très peu d’hommes et de femmes politiques engagés dans un parti parviennent à conserver une autonomie suffisante vis-à-vis des exigences et des contraintes inhérentes à un engagement à contre-courant de la pensée dominante. Beaucoup de chrétiens y renoncent, faute de « charisme », de formation ou simplement de temps. Qui plus est, ceux et celles qui y parviennent, avec leurs limites, font généralement l’objet d’un ostracisme interne de la part des catholiques comme si les clivages politiciens devaient, étonnamment, prévaloir sur la communauté de leur foi. D’accord ou pas avec leurs choix tactiques ou leurs options temporelles respectives, les catholiques devraient éviter de « se tirer dessus » au lieu de prendre un soin extrême à se démarquer les uns des autres.
Si l’on ne se sent pas prêt ou appelé à s’engager dans des joutes électorales, d’autres modalités d’action possible, dans la ligne des conseils de la Note Ratzinger, sont offertes aux catholiques qui ont le sens du bien commun. Ces formules existent en relais et en appui des chrétiens engagés dans un mandat électif. Nous y reviendrons.
*Thierry Boutet, président du comité éditorial de Liberté politique, a publié l’Engagement des chrétiens en politique. Ce Décryptage est extrait et adapté de la VIe partie « Fractures », chapitre VII : « Le combat de l’élu politique ».
[1] Actuellement sous la responsabilité du père Matthieu Rougé, recteur de la basilique Sainte-Clotilde (VIIe).
19:52 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : Elections, Municipales, Engagement chrétien



Commentaires
OK pour s'engager, mais plus la municipalité est grande, plus les compositions de liste sont éminement "politiques" ou "pipole"....inversement dans les petites agglomérations ou les villages, l'appartenance politique, philosophique ou religieuse est sans doute moins importante dans la mesure où la collectivité doit avant tout assurer le minimum de services publics : eau, assainissement, cantine scolaire....sans entrer dans des débats de fonds !
Ce n'est qu'une réflexion perso qui ne m'empêche pas de faire de l'entrisme l'occasion de ces élections.........
Ecrit par : sven | 22 décembre 2007
S'engager, s'engager, surtout si vous n'êtes pas un homme blanc de 30-50 ans : les chefs de listes n'en veulent pas à cause de la parité. En revanche, si vous êtes une femme, alors là c'est l'autoroute pour vous faire signer. Tester en ce moment sur ma commune.
Je suis également d'accord avec Sven : une élection, dans une grosse commune, c'est politique.
Vous avez une bonne étiquette politique - entendons par là UMP et PS et dans une moindre mesure, Modem - vous ferez un bon score, ou au moins honorable, et ce, indépendamment de vos talents.
Le même candidat avec les mêmes convictions (puisqu'il s'agit sur ce blog de convictions religieuses) avec une étiquette moins vendeuse (FN, MNR, MPF, voire Verts ou autres mais chez les catho ça devient plus rare) et le score sera plus faible (en gros, dans la moyenne nationale de ce parti, + ou - quelques points selon que vous êtes bon ou pas, connu ou pas localement).
Enfin, si vous partez sans étiquette, là c'est très dure : selon votre notoriété et vos moyens financiers (ça coûte cher une municipale) et le temps disponible (le mieux c'est 100% dispo, soyons simple) vous ferez ou non un score qui décollera mais on peut fleurter avec le zéro après beaucoup d'effort de moyens et de temps investis, autant le savoir avant de se lancer.
Enfin reste une question dont la réponse ne peut être que personnelle (et je donnerai deux noms connus pour illustrer mon propos) : faut-il être catho dans un gros parti où l'on peut obtenir des places (la stratégie "Christine Boutin" à l'UMP, et elle n'est pas la seule, loin de là) ou faut-il créer un parti plus près idéologiquement de la doctrine sociale de l'Eglise mais rester politiquement marginalisé et surtout loin du pouvoir effectif (la stratégie "Philippe de Villiers") ? J'avoue ne pas avoir de réponse toute prête pour les autres, je n'ai que la mienne.
Ecrit par : Olivier Le Brun | 22 décembre 2007
Bonjour
Chrétien, marié et père de 4 enfants, chef d'entreprise, je me suis présenté aux législatives en mai dernier à NEUILLY SUR SEINE, car la candidate investie par l'UMP ne correspondait pas aux valeurs de probité, d'engagement et de compétences qui me semblaient essentielles. En 15 jours de campagne, sans Parti, les habitants de NEUILLY m'ont donné 15% des suffrages et une 2ème place. Aujourd'hui je suis face au Porte parole de l'Elysée, parachuté à NEUILLY car je crois qu'un engagement politique doit correspondre d'abord à des convictions. Je refuse l'idée que la politique est l'affaire de "professionnels" qui font carrières. Je crois au courage, à la liberté et aux convictions, ce sont les moteurs de l'engagement. Aujourd'hui j'ai 1500 personnes dans mon Comité de soutien, une équipe de campagne de 100 personnes, des personnalités de premier plan qui s'engagent à mes côtés et je me sens porté par une véritable dynamique. Il faut aller vers le suffrage universel pour porter nos valeurs. Mon site www.fromantin2008.org . Merci d'avance de votre soutien
Ecrit par : JC FROMANTIN | 26 décembre 2007
Il ne suffit pas de dire que sa concurrente manque de probité et autres gentillesses pour que l'on vote pour vous. Vous êtes au moins, vous venez de le montrer, un français "type".Je ne connais d'ailleurs ni votre concurrente ni vous.
Vous n'avez dans le texte ci-dessus aucun argument, aucune preuve. Tout le monde peut dire, et dit, la même chose.
La Politique va vous paraitre dure, même avec 1500 personnes dans le Comité de soutien et vore équipe de 100 personnes.
Une question : quelles sont vos motivations personnelles ? Pardon, je suis indiscret, alors je retire ma question.
Mais bonne chance quand même.
Ecrit par : BUR Michel | 30 décembre 2007
Bonjour,
Les récentes déclarations de MMe de Panafieu, qui milite ouvertement (enfin!) pour la construction d'une grande mosquée à Paris, constituent un très bon test pour les politiciens et candidats qui se déclarent chrétiens ou catholiques !
Pour ma part, je pense que : on ne peut interdire légalement une association "1901" de déposer un permis de construire afin d'y édifier un centre religieux, néanmoins on n'est pas obligé de militer et de soutenir la création de nouvelles mosquées comme le fait MMe de Panafieu........... De toute façon le problème de l'Islam relève des élections législatives et présidentielles et non pas municipales.
Ecrit par : sven | 05 janvier 2008
Merci Thierry BOUTET pour cette analyse j'apprécie d'autant plus votre réflexion qu'elle est tintée d'un vrai sens politique (enfin !) ; Politique qui est bien l'art du possible, tenant compte de la réalité.
Merci donc pour vos prises de paroles qui nous aident.
Bien cordialement
Maxence HENRY
Ecrit par : HENRY | 06 janvier 2008
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