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07 décembre 2007

Comment voter ? Les évêques américains s’engagent

134d29a56a99bab0b5867a69a13a875c.jpgNous l’avions annoncé, le document de la Conférence des évêques des États-Unis sur les élections américaines vient de paraître. Intitulé "Forming Consciences for Faithful Citizenship", ce texte s’inscrit dans le débat sur les "principes non négociables" et la question de l’objection de conscience politique des catholiques. Avant d’en proposer une analyse approfondie, nous en avons sélectionné les passages les plus significatifs.

Le document des évêques américains s’articule autour de quatre grandes quatre questions :

  • Pourquoi l’Église enseigne-t-elle sur les questions politiques ?
  • Qui au sein de l’Église doit participer à la vie politique ?
  • Comment l’Église aide les fidèles à traiter des questions politiques et sociales ?
  • Quel est l'enseignement de l’Église sur les questions sociales dans la sphère publique ?

La principale nouveauté porte sur la hiérarchie du « poids moral » à introduire entre les différentes questions politiques. Le document approfondit la réflexion proposée en 2004 sur les critères de choix juste entre plusieurs candidats. Il constitue très largement un commentaire de la Note doctrinale de la Congrégation de la doctrine de la foi de 2002 Sur le comportement et l’engagement des catholiques dans la vie politique (que nous avons appelée Note Ratzinger) à propos du problème moral posé par l’élection. On y retrouve notamment la distinction entre coopération formelle et matérielle, que la cardinal Ratzinger lui-même avait rappelé dans son propre commentaire de la Note doctrinale. Nous avons la satisfaction d’y retrouver l’interprétation que nous en avions donnée à l’occasion des élections française de 2007 (voir ici et ici).


En voici la traduction non officielle mais voulue au plus près du texte, des extraits les plus importants :


1/ Sur le poids moral différent des différentes questions politiques

22. Il y a des choses que nous ne devons jamais faire, en tant qu’individu et en tant que société, parce qu’elles sont toujours incompatibles avec l’amour de Dieu et du prochain. De telles actions sont tellement et profondément imparfaites qu’elles s’opposent toujours au bien authentique de la personne. Ces actions sont « intrinsèquement mauvaises ». Elles doivent toujours être rejetées et opposées et ne doivent jamais être soutenues ou excusées. Un exemple fondamental est la suppression intentionnelle d’une vie innocente, comme l’avortement et l’euthanasie.

***

27. Dans la vie publique, deux tentations peuvent déformer l’enseignement de l’Église sur la défense de la vie et de la dignité humaine :

28. La première est « l’équivalence morale » qui ne fait pas de distinction éthique entre les différents types de questions relatives à la vie et à la dignité humaine. La destruction directe et intentionnelle de la vie humaine innocente, de l’instant de la conception jusqu’à la mort naturelle, est toujours un mal et n’est pas qu’une question parmi beaucoup d’autres. On doit toujours s’y opposer.

29. La seconde est la mauvaise utilisation de cette nécessaire distinction morale comme une manière d’exclure ou d’ignorer les autres menaces contre la vie et la dignité humaine. Le racisme et autres discriminations, l’usage de la peine de mort, le recours à la guerre injuste, l’usage de la torture, les crimes de guerre, l’échec à répondre à ceux qui souffrent de la faim ou le manque de soins médicaux, ou une politique d’immigration injuste, toutes ces questions sont des questions morales graves qui défient nos consciences et exigent de nous d’agir. Ces questions ne sont pas des questions optionnelles qui peuvent être exclues. Les catholiques sont exhortés à prendre en compte sérieusement l’enseignement de l’Église sur ces questions. Bien que les choix sur la manière de répondre le mieux à ces questions et aux autres incontestables menaces contre la vie et la dignité humaine sont sujets à débat, cela n’en fait pas pour autant des questions optionnelles et ne permet pas aux catholiques d’exclure ou d’ignorer l’enseignement de l’Église sur ces questions.


2/ Comment faire un choix juste entre plusieurs candidats

34. Un catholique ne peut pas voter pour un candidat qui prend une position en faveur d’un mal intrinsèque, comme l’avortement ou le racisme, si l’intention de l’électeur est [par là même] de soutenir cette position. Dans de tels cas, un catholique est coupable de coopération formelle avec un mal grave. En même temps, un électeur ne doit pas utiliser l’opposition d’un candidat à un mal intrinsèque pour justifier son indifférence et son inattention aux autres questions morales importantes concernant la vie et la dignité humaine.

35. Il peut y avoir des cas où un catholique, qui rejette une position d’un candidat comme inacceptable, décide de voter pour ce candidat pour d’autres raisons morales graves. Voter de cette manière est autorisé uniquement pour des raisons morales d’une réelle gravité, non en raison d’intérêts propres ou de préférences partisanes ou en ignorant un mal moral fondamental.

36. Quand tous les candidats tiennent une position en faveur d’un mal intrinsèque, l’électeur consciencieux est face à un dilemme. L’électeur peut décider de faire la démarche extraordinaire de ne voter pour aucun des candidats ou, après une délibération soigneuse, peut décider de voter pour le candidat semblant le moins promouvoir une position moralement imparfaite et le plus à même de poursuivre la recherche du bien humain authentique.

37. En prenant ces décisions, il est essentiel pour les catholiques d’être guidé par une conscience bien formée qui reconnaît que toutes les questions n’ont pas le même poids moral et que l’obligation morale de s’opposer à tout acte intrinsèquement mauvais ouvre un droit spécial sur nos consciences et nos actions.

***

42. En tant que catholique, nous ne basons pas notre vote sur une seule question. La position d’un candidat sur une unique question n’est pas suffisante pour assurer le candidat de la voix de l’électeur. Cependant, la position d’un candidat sur une unique question qui implique un mal intrinsèque, comme le soutien à l’avortement légal ou la promotion du racisme, peut légitimement conduire un électeur à renoncer à soutenir le candidat.


© Traduction Jean Bléhaut pour Libertepolitique.com



Pour en savoir plus :
A Call to Political Responsibility from the Catholic Bishops of the United States
■ Dans le Fil de la semaine du 7 décembre 2007, notre analyse des pronostics de l’élection : Le jeu très ouvert des présidentielles

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